Les fonds euros, longtemps enterrés par les experts, affichent une résistance inattendue en 2026. Alors que la Banque centrale européenne poursuit sa baisse de taux, ces supports d’assurance-vie maintiennent des rendements qui surprennent les épargnants et les professionnels du patrimoine.
Selon les dernières données publiées par Boursorama en juillet 2026, les fonds euros conservent une attractivité que peu d’observateurs anticipaient il y a encore deux ans. Cette résilience s’explique par la combinaison de trois facteurs : la durée de vie moyenne des obligations détenues en portefeuille (entre 7 et 10 ans pour la plupart des assureurs), la politique de provisionnement prudente menée depuis 2022, et surtout la compression des frais de gestion observée chez plusieurs acteurs du marché. Boursorama, acteur historique de l’épargne en ligne créé en 1989 et dirigé actuellement par Benoit Grisoni (Directeur Général), illustre cette tendance avec une offre d’assurance-vie repensée autour de la transparence tarifaire. L’entreprise, dont le siège se situe 44 rue Traversière à Boulogne-Billancourt et qui emploie 41 collaborateurs selon les données officielles INSEE/INPI, a contribué à faire évoluer les standards du marché en matière de frais d’entrée et de gestion.
Cette situation contraste avec le discours dominant de ces dernières années, qui prédisait la mort programmée des fonds euros au profit des unités de compte, des SCPI ou des produits structurés. Pourtant, en 2026, près de 62 % de l’encours total de l’assurance-vie française reste investi sur des fonds euros. Ce chiffre traduit à la fois l’aversion au risque des épargnants français et la difficulté des conseillers patrimoniaux à convaincre leurs clients de basculer massivement vers des supports plus volatils. La question qui se pose désormais : cette résistance est-elle un sursis temporaire ou un repositionnement durable du fonds euros dans l’allocation patrimoniale des ménages ?
Les rendements 2026 qui défient les prévisions
Les premières estimations publiées pour l’année 2025 (versées début 2026) indiquent une moyenne de marché autour de 2,50 % nets de frais de gestion, contre 2,20 % en 2024. Cette progression, certes modeste, surprend dans un contexte où le taux de refinancement de la BCE est passé de 4,50 % en septembre 2023 à 2,25 % en juin 2026. La logique voudrait que les fonds euros suivent mécaniquement cette baisse. Ce n’est pas le cas, et pour cause : les assureurs bénéficient encore du rendement des obligations d’État et d’entreprises achetées entre 2022 et 2024, lorsque les taux culminaient. Ces titres, conservés jusqu’à maturité, continuent de générer des coupons de 3 % à 4 % selon leur duration et leur profil de risque.
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Autre élément déterminant : la pression concurrentielle. Les acteurs digitaux comme Boursorama, Fortuneo ou Linxea ont contraint les bancassureurs traditionnels à revoir leur modèle tarifaire. Résultat, plusieurs établissements ont réduit leurs frais de gestion de 0,10 à 0,20 point ces deux dernières années. Sur un fonds euros affichant 2,50 % brut, cette économie représente entre 8 % et 12 % de rendement supplémentaire net pour l’épargnant. À titre de comparaison, un livret A rémunéré à 3 % (taux en vigueur jusqu’à fin janvier 2026, puis abaissé à 2,50 % en février 2026) offre certes une liquidité totale, mais reste plafonné à 22 950 euros. Au-delà , le fonds euros redevient compétitif, surtout pour les contribuables fortement imposés qui profitent de l’enveloppe fiscale de l’assurance-vie après huit ans de détention.
Troisième facteur : la part des unités de compte obligataires (fonds obligataires, fonds datés) intégrées dans les contrats multisupports. Ces UC obligataires, souvent oubliées dans les analyses, ont généré entre 3,5 % et 5 % de performance en 2025, dopées par la détente des taux longs. Plusieurs assureurs ont ainsi pu alimenter leur réserve de capitalisation, ce mécanisme comptable qui leur permet de lisser les rendements du fonds euros dans le temps. Ce matelas de sécurité financière explique pourquoi certains contrats haut de gamme affichent encore 3 % à 3,20 % nets, là où d’autres stagnent sous 2 %.
Fonds euros contre SCPI : le match des rendements réels
Face à cette résistance inattendue du fonds euros, la comparaison avec les SCPI mérite d’être actualisée. En 2025, le taux de distribution moyen des SCPI s’est établi à 4,30 % selon l’ASPIM, en léger recul par rapport aux 4,50 % de 2024. Ce tassement s’explique par plusieurs phénomènes : la hausse des impayés locatifs (bureaux tertiaires notamment), la pression sur les loyers commerciaux dans certaines zones, et surtout la montée des travaux de rénovation énergétique imposés par les réglementations européennes. À ce rendement facial, il faut soustraire les frais de souscription (entre 8 % et 12 % sur les SCPI de rendement classiques), amortissables sur 10 à 15 ans, et intégrer le risque de vacance locative, en moyenne de 6 % à 8 % sur le parc de bureaux franciliens en 2026.
Autre différence majeure : la liquidité. Un fonds euros reste disponible sous 72 heures maximum, sans perte en capital (garantie de l’assureur). Une SCPI, même cotée, présente un délai de sortie moyen de 6 à 18 mois selon la conjoncture. En période de stress de marché, comme observé au premier trimestre 2024 sur certaines SCPI de bureaux, ce délai peut grimper à 24 mois. Pour un épargnant de 55 ans qui souhaite conserver une part de liquidité dans son allocation patrimoniale, cette contrainte n’est pas neutre. Elle justifie souvent un arbitrage 60/40 entre fonds euros et SCPI, plutôt qu’un basculement total vers l’immobilier papier.
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Enfin, la fiscalité diffère radicalement. Les dividendes de SCPI détenues hors assurance-vie sont soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30 % (ou au barème progressif de l’impôt sur le revenu + prélèvements sociaux, selon l’option choisie). Un fonds euros logé dans une assurance-vie de plus de huit ans bénéficie d’un abattement annuel de 4 600 euros (personne seule) ou 9 200 euros (couple), puis d’une imposition à 24,70 % (7,5 % + 17,20 % de PS) au-delà . Sur un capital de 200 000 euros générant 5 000 euros de gains annuels, cette différence fiscale peut représenter 500 à 800 euros d’économie nette chaque année. Sur 15 ans, cet écart cumulé atteint 7 500 à 12 000 euros, montant non négligeable dans une stratégie de transmission ou de complément de retraite.
Les contrats qui font la différence en 2026
Tous les fonds euros ne se valent pas. L’écart de rendement entre le meilleur et le moins-disant peut atteindre 1,50 point. Cet écart s’explique par trois leviers : la qualité de gestion obligataire de l’assureur, les frais de gestion prélevés sur l’encours, et la politique de mutualisation des résultats financiers. Les contrats dits “nouvelle génération”, lancés depuis 2023, intègrent souvent un fonds euros immobilier ou un fonds euros diversifié, combinant obligations souveraines, obligations d’entreprise et une poche d’actions de 5 % à 10 %. Ces fonds euros boostés affichent en moyenne 0,30 à 0,50 point de rendement supplémentaire, mais imposent en contrepartie un engagement d’investissement minimal en unités de compte (généralement 30 % de l’encours).
Les acteurs digitaux comme Boursorama ont introduit une autre innovation : la modulation des frais de gestion en fonction du montant investi. Plus l’encours est élevé, plus les frais baissent. Certains contrats en ligne proposent ainsi 0,50 % de frais de gestion annuels sous 50 000 euros, puis 0,40 % au-delà de 100 000 euros, et 0,30 % au-delà de 250 000 euros. Sur un capital de 300 000 euros générant 2,60 % brut, cette économie de 0,20 point représente 600 euros nets supplémentaires chaque année. Sur 20 ans, le gain cumulé dépasse 12 000 euros, hors effet de capitalisation.
Attention néanmoins aux fonds euros dits “euro-croissance”, souvent confondus avec les fonds euros classiques. Ces supports présentent une garantie différée (à l’échéance du contrat, généralement 8 ans minimum) et non immédiate. En contrepartie, ils affichent un rendement facial supérieur de 0,50 à 1 point. Mais en cas de rachat anticipé avant l’échéance, l’épargnant peut subir une perte en capital si les marchés obligataires ou actions ont décroché entre-temps. Ce profil convient uniquement à un investisseur discipliné, capable de bloquer son capital sur la durée prévue, et non à un épargnant qui recherche la liquidité immédiate.
Les erreurs qui coûtent cher aux épargnants
Première erreur : conserver un vieux contrat d’assurance-vie ouvert avant 1998, sous prétexte de l’antériorité fiscale, alors que le fonds euros associé sert à peine 1,50 % nets. L’antériorité de plus de huit ans se reconstruit en moins de 10 ans sur un contrat récent. Avec un écart de rendement de 1 point par an, le différentiel cumulé sur 10 ans atteint 10 % à 12 % du capital. Sur 100 000 euros, cela représente une perte sèche de 10 000 à 12 000 euros. La bonne pratique : transférer progressivement les encours vers un contrat récent plus performant, en étalant les rachats sur plusieurs années civiles pour profiter des abattements fiscaux annuels.
Deuxième erreur : négliger l’option de gestion pilotée à horizon. Plusieurs contrats proposent désormais une allocation automatique qui réduit progressivement la part d’unités de compte au profit du fonds euros à mesure que l’échéance approche (départ en retraite, achat immobilier prévu). Cette gestion sous mandat évite les erreurs de timing catastrophiques, comme rester 100 % en actions à 18 mois de la retraite. Le coût de cette option oscille entre 0,30 % et 0,60 % par an, mais elle peut éviter une perte en capital de 10 % à 15 % en cas de correction boursière mal anticipée. Sur un capital de 200 000 euros, l’écart entre subir une baisse de 15 % (30 000 euros) et payer 0,50 % de frais (1 000 euros par an) plaide largement en faveur de la gestion pilotée.
Troisième erreur : omettre de diversifier entre plusieurs assureurs. La garantie du fonds euros est portée par l’assureur, non par l’État. En cas de faillite, le Fonds de garantie des assurances de personnes (FGAP) couvre jusqu’à 70 000 euros par assuré et par compagnie. Au-delà , l’épargnant devient créancier chirographaire de la compagnie en liquidation, avec un risque de perte partielle. Sur un capital de 300 000 euros, répartir entre trois assureurs (100 000 euros chacun) sécurise l’intégralité de l’encours. Cette règle de prudence, rarement respectée, évite un scénario catastrophe observé lors de la faillite de plusieurs petits assureurs européens entre 2008 et 2012.
Notre analyse : le fonds euros n’est pas mort, il mue
Ce que les banques et les CGP omettent souvent de dire : le fonds euros reste le socle de sécurité incontournable pour 80 % des patrimoines français. Vouloir basculer un épargnant de 60 ans, à 5 ans de la retraite, vers un portefeuille 100 % SCPI ou 100 % unités de compte actions relève de la faute professionnelle. La volatilité d’un portefeuille actions (écart-type annuel de 15 % à 20 %) ou immobilier papier (risque de liquidité, vacance locative) impose une vision long terme de 10 à 15 ans minimum. Or, la majorité des épargnants français ont un horizon inférieur à 8 ans au moment où ils commencent à s’intéresser réellement à leur patrimoine financier.
Deuxième point rarement évoqué : la prime de risque réelle entre fonds euros et SCPI n’atteint pas toujours les 2 points affichés. Une fois intégrés les frais d’entrée (8 % à 12 %), le risque de vacance (6 % à 8 % en moyenne), et l’illiquidité partielle, le rendement actuariel net d’une SCPI sur 15 ans oscille entre 3,20 % et 3,80 % selon les scenarii. Un fonds euros à 2,60 %, totalement liquide, sans frais d’entrée, et fiscalement optimisé après huit ans, n’affiche finalement qu’un écart de 0,60 à 1,20 point. Cette compression de la prime de risque questionne la pertinence d’un basculement massif pour un épargnant prudent ou déjà exposé à l’immobilier en direct via sa résidence principale et une résidence locative.
Troisième réalité tue : les assureurs mutualistes (MAIF, MACIF, MACSF) affichent structurellement des rendements de fonds euros supérieurs de 0,20 à 0,40 point par rapport aux bancassureurs classiques. Leur modèle économique, dépourvu d’actionnaires à rémunérer, leur permet de redistribuer une part plus importante des résultats financiers aux sociétaires. Sur 20 ans, cet écart cumulé peut représenter 10 % à 15 % de capital supplémentaire. Pourtant, ces contrats mutualistes restent sous-représentés dans les recommandations des conseillers bancaires traditionnels, pour des raisons évidentes de distribution et de rétro-commissions. L’épargnant avisé gagne à comparer systématiquement les contrats mutualistes avant de valider un contrat bancassureur classique.
📌 À retenir
- Les fonds euros affichent en moyenne 2,50 % nets en 2026, soutenus par les obligations achetées entre 2022 et 2024 et la baisse des frais de gestion chez les acteurs digitaux.
- L’écart de rendement réel entre fonds euros et SCPI se réduit à 0,60-1,20 point une fois intégrés frais d’entrée, vacance locative et illiquidité des SCPI.
- Diversifier entre plusieurs assureurs sécurise les encours au-delà de 70 000 euros (plafond FGAP), et les contrats mutualistes affichent structurellement 0,20 à 0,40 point de rendement supplémentaire.
- Les fonds euros nouvelle génération (avec poche immobilière ou actions) imposent 30 % minimum d’unités de compte mais offrent 0,30 à 0,50 point de performance additionnelle.
- La gestion pilotée à horizon (coût 0,30-0,60 % par an) évite les erreurs de timing catastrophiques à l’approche de la retraite ou d’un projet immobilier.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.
