La Caisse battue par son indice en 2026 : ce que la gestion active passive coûte vraiment

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La Caisse de dépôt et placement du Québec vient de perdre son duel contre son propre indice de référence. Pour la première fois, elle sous-performe sur un semestre, sur cinq ans et même sur dix ans. Un signal que tout épargnant français devrait méditer avant de payer des frais de gestion élevés.

Le chiffre a de quoi surprendre. La Caisse a enregistré un rendement de 5,1 % pour les six premiers mois de 2026, contre 7,5 % pour son portefeuille de référence, soit plus de 200 points de base d’écart au désavantage du gestionnaire. Ce n’est pas un accident de parcours. Sur cinq ans, La Caisse affiche 6,4 % contre 6,8 % pour son indice. Sur dix ans, 7,5 % contre 7,6 %. L’institution québécoise, longtemps citée comme un modèle de surperformance active, se fait rattraper puis dépasser par une gestion passive.

Pourquoi cet épisode canadien concerne-t-il l’épargnant français ? Parce qu’il illustre la question centrale de tout placement : payer pour de la gestion active vaut-il le coût, quand un simple indice fait aussi bien voire mieux ? SCPI, assurance-vie en gestion pilotée, fonds actifs, PER : partout, des frais de gestion viennent grignoter le rendement. Le cas de La Caisse est un rappel froid que la performance nette compte plus que la réputation du gérant.

Un gestionnaire de référence rattrapé par la gestion passive

La Caisse de dépôt et placement du Québec gère l’épargne-retraite de millions de Québécois. Pendant des années, elle a mis en avant sa capacité à battre son indice dans presque toutes les classes d’actifs. Ce narratif vient de se briser. Selon La Presse, c’est la première fois que la chronique observe La Caisse dépassée par son indice sur trois horizons temporels simultanément.

Son PDG, Charles Emond, relativise. Il souligne que La Caisse fait mieux que ses pairs canadiens sur un an et sur cinq ans[1]. Il cite le cas d’Investissements RPC, qui aurait accusé un écart de 500 points de base sur son propre indice de référence. Argument recevable, mais qui ne change rien au constat de base : sur une décennie, la gestion active de La Caisse n’a pas créé de valeur nette face à un panier d’indices.

Le contraste avec CPP Investments est parlant. Le fonds fédéral canadien a clôturé son exercice 2026 avec 793,3 milliards de dollars canadiens d’actifs nets, un rendement net annuel de 7,8 % et un rendement annualisé sur dix ans de 8,8 %[5]. Ce dernier chiffre dépasse nettement les 7,5 % dix ans de La Caisse. Deux géants institutionnels, deux trajectoires : la comparaison des rendements nets tranche mieux que n’importe quel discours.

Rendements comparés des grands gestionnaires institutionnels canadiens (2026)
Gestionnaire Rendement récent Rendement 10 ans
La Caisse (1er semestre 2026) 5,1 % 7,5 %
Indice de référence de La Caisse 7,5 % 7,6 %
CPP Investments (exercice 2026) 7,8 % 8,8 %
Investissement Québec (5 ans) 7,4 % (dernier exercice) 2,6 % (sur 5 ans)

Source : La Presse · CPP Investments

Ce que le débat actif contre passif change pour votre épargne

Le vrai enseignement tient dans une phrase de Charles Emond. Il reconnaît que sur cinq ans, le portefeuille boursier de La Caisse est en ligne avec l’indice, alors que les professionnels de l’industrie au Canada accusent chaque année un retard de 2 %[1]. Autrement dit, l’immense majorité des gérants actifs sous-performent leur indice, année après année. La Caisse fait figure de bon élève relatif, et elle perd quand même face à la gestion passive sur longue période.

Pour l’épargnant français, ce constat vaut de l’or. Chaque point de frais de gestion prélevé sur un fonds actif doit être compensé par de la surperformance. Or les données de long terme montrent que cette surperformance est rare et non persistante. Un fonds indiciel à faibles frais capture le rendement du marché sans promettre de battre l’indice, mais sans en payer le prix non plus.

Le raisonnement s’applique directement à l’assurance-vie et au PER. En gestion pilotée, vous confiez vos arbitrages à un gérant contre des frais annuels. Ces frais s’ajoutent à ceux des supports sous-jacents. Si le gérant ne bat pas son indice de référence, comme La Caisse, vous payez pour un service qui détruit de la valeur nette. La question à poser à votre conseiller n’est pas « quelle est votre performance brute » mais « quelle est votre performance nette de frais, comparée à l’indice ».

Ce débat ne condamne pas toute gestion active. Il impose une discipline : exiger la comparaison à l’indice, sur cinq et dix ans, nette de frais. Un gérant qui refuse ce référence ou qui change d’indice de référence pour flatter ses résultats mérite la méfiance.

Frais et rendement net : les vrais enjeux du placement

Actif contre passif
Même La Caisse ne bat plus son indice sur 10 ans. La gestion active peine structurellement à créer de la valeur nette.
L'effet des frais
Un retard de 2 % par an sur l'indice ampute lourdement le capital final via les intérêts composés sur le long terme.
Diversification
Concentrer son épargne sur un seul marché expose à des retournements brutaux, même après des années gagnantes.
Rendement net comme boussole
Exiger la comparaison à un indice de référence stable, nette de frais, sur cinq et dix ans, avant tout arbitrage.

SCPI, fonds euros, indices : arbitrer selon le rendement net et le risque

Le placement dans une SCPI relève d’une logique différente de la gestion boursière indicielle, mais la grille d’analyse reste la même. Une SCPI distribue un taux de distribution annuel, soumis à des frais de gestion prélevés par la société de gestion et à des frais de souscription à l’entrée. Le rendement net que vous percevez est ce qui compte, pas le taux de distribution affiché brut. La liquidité, elle, est bien plus faible qu’un fonds indiciel coté.

Le fonds euros de l’assurance-vie offre la garantie du capital, mais un rendement historiquement modéré. Face à lui, une allocation en unités de compte indicielles diversifiées peut viser un rendement supérieur, au prix d’une volatilité assumée. Le choix dépend de votre horizon et de votre tolérance au risque, pas d’une promesse de rendement. La diversification reste la seule règle qui traverse les cycles.

Sur ce point, les thématiques d’investissement 2026 relayées par La Presse insistent : la diversification revient encore et toujours comme thème central[3]. Les investisseurs canadiens ayant privilégié leur marché domestique ont été récompensés, l’indice S&P/TSX de Toronto ayant surpassé les indices américains, portés au Canada par l’or, les banques et les ressources[3]. Leçon : concentrer son épargne sur un seul marché ou une seule classe d’actifs expose à des retournements brutaux, même quand le pari a payé les années précédentes.

Une allocation patrimoniale robuste combine plusieurs moteurs : de l’immobilier via des SCPI pour le rendement locatif régulier, une poche indicielle diversifiée pour capter la croissance des marchés à faibles frais, et un socle sécuritaire en fonds euros ou obligations. Aucune de ces briques ne bat systématiquement les autres. C’est leur combinaison, ajustée à votre profil de risque, qui optimise le couple rendement-risque sur la durée.

Les erreurs qui coûtent le plus cher aux épargnants

La première erreur consiste à juger un placement sur sa performance brute. Un fonds affichant 8 % brut avec 2,5 % de frais de gestion rapporte moins qu’un indice à 7 % quasiment gratuit. La Caisse, avec toute sa puissance, en fait la démonstration : même un gestionnaire d’excellence peine à créer de la valeur nette face à un indice.

La deuxième erreur est de confondre réputation et performance future. La Caisse était réputée pour battre ses pairs. Cette réputation n’a pas empêché la sous-performance sur dix ans. Aucun palmarès passé ne garantit un résultat futur, et la persistance de la surperformance active est statistiquement faible. Choisir un fonds sur sa notoriété, sans regarder ses frais ni son référence, revient à payer une marque plutôt qu’un rendement.

La troisième erreur, la plus discrète, consiste à ignorer l’effet cumulé des frais. Un écart de 2 % par an de retard sur l’indice, comme celui constaté pour la moyenne des gérants canadiens[1], se transforme sur vingt ans en une amputation majeure du capital final par l’effet des intérêts composés. Ce n’est pas anecdotique, c’est le poste de dépense le plus prévisible et le plus contrôlable de votre épargne.

Notre analyse : ce que le cas La Caisse révèle vraiment

Le message n’est pas « la gestion active est inutile ». Il est plus subtil. Même une institution de premier plan, dotée de moyens colossaux et d’équipes réputées, ne bat pas structurellement son indice sur le long terme. Alors que peuvent espérer les fonds actifs vendus au grand public, souvent plus chargés en frais et moins bien armés ? La réponse tient dans le chiffre cité par Charles Emond lui-même : un retard moyen de 2 % par an pour l’industrie[1].

Pour construire un patrimoine, la conséquence pratique est claire. Privilégiez des supports à faibles frais quand la classe d’actifs est efficiente, comme les grandes actions cotées, où l’indice est difficile à battre. Réservez la gestion active aux segments moins liquides et moins couverts, où un gérant peut réellement apporter de la valeur, comme certaines SCPI sur des marchés immobiliers de niche ou le non-coté. Et dans tous les cas, exigez la comparaison nette de frais à un indice de référence stable.

Le débat institutionnel canadien, relayé par La Presse (société éditrice créée en 2001, dirigée notamment par Aline Horn, Florent Poupin et Francine Poupin selon les données officielles), n’est pas une querelle d’experts lointaine. C’est votre débat, à chaque versement sur votre assurance-vie, votre PER ou votre SCPI. Le rendement net après frais, comparé à ce qu’aurait fait un indice, doit rester votre boussole. La réputation d’un gérant ne remplira pas votre retraite : seule sa performance nette le fera.

Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.

Gestion active contre indice : ce que révèle le cas La Caisse

  • La Caisse : 5,1 % au 1er semestre 2026 contre 7,5 % pour son indice
  • Sur 10 ans, La Caisse fait 7,5 % contre 7,6 % pour son indice
  • CPP Investments : 793,3 milliards CAD d'actifs et 8,8 % sur 10 ans
  • Les gérants actifs canadiens accusent en moyenne 2 % de retard par an
  • La performance nette de frais prime toujours sur la performance brute
Arnaud
Arnaud
En charge de la rubrique Finance depuis 2019 au sein de la rédaction de Patrimoine Magazine, Arnaud suit notamment les thématiques liées au capital investissement.

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