Les fonds en euros pourraient servir 2,90 % brut en moyenne en 2026, contre 1,70 % pour le Livret A et 2,50 % pour le LEP. Le placement garanti reprend des couleurs. Mais derrière la moyenne se cachent des écarts considérables, et une question que peu d’épargnants osent poser : la sécurité absolue vaut-elle vraiment le manque à gagner ?
Le Livret A ne fait plus rêver personne. Depuis le 1er août 2026, il rémunère à 1,70 % net. Le LEP, réservé aux foyers modestes, tient mieux avec 2,50 %, mais son plafond de versement bride toute stratégie sérieuse de placement. Dans ce paysage, un vieux produit longtemps enterré par les commentateurs revient dans la course : le fonds en euros de l’assurance-vie.
Le baromètre du cabinet Good Value for Money table sur une moyenne de 2,90 % brut pour 2026. Soit près d’un point de plus que le Livret A. La remontée des taux obligataires depuis 2023 a nettement rechargé les portefeuilles des assureurs, et cet effet se répercute enfin sur les rendements servis. Reste que raisonner en moyenne est trompeur. Certains contrats plafonnent à 2 %, d’autres promettent des objectifs bien supérieurs sous conditions. L’écart entre un bon et un mauvais fonds en euros dépasse aujourd’hui celui qui séparait autrefois le Livret A d’un compte courant.
Ce que rapporte réellement un placement garanti en 2026
Le classement des placements sans risque s’est rebattu. Le Livret A à 1,70 % ferme la marche des supports totalement liquides et exonérés. Le LEP le devance à 2,50 %, mais impose un revenu fiscal de référence inférieur à 23 028 euros pour un célibataire, et un plafond de versement de 10 000 euros. Deux barrières qui en font un complément, pas un socle patrimonial.
Les fonds en euros changent la donne. À 2,90 % brut attendus en moyenne, ils offrent un rendement supérieur, une garantie du capital et un plafond de versement inexistant. Le prix à payer tient dans deux mots : frais et fiscalité. Le rendement affiché est net des frais de gestion, mais brut de prélèvements sociaux de 17,2 %. Un TDVM brut de 2,90 % ne laisse donc qu’environ 2,40 % net de prélèvements sociaux dans la poche de l’épargnant.
Les comptes à terme complètent le tableau. Selon le comparatif Moneyvox relayé par Meilleurtaux, la fourchette début 2026 s’établit entre 2,10 % et 2,25 % brut sur 6 à 12 mois, et entre 2,40 % et 2,90 % brut sur 2 à 5 ans[3]. La baisse des taux directeurs de la BCE a rogné leur attrait après les niveaux généreux de 2023-2024. Et comme les livrets, ils restent fiscalisés dès le premier euro de gain.
| Placement | Rendement brut 2026 | Fiscalité des gains |
|---|---|---|
| Livret A | 1,70 % | Exonéré |
| LEP | 2,50 % | Exonéré (sous conditions) |
| Compte à terme 6-12 mois | 2,10 % à 2,25 % | Imposable |
| Compte à terme 2-5 ans | 2,40 % à 2,90 % | Imposable |
| Fonds en euros (moyenne) | 2,90 % | Prélèvements sociaux 17,2 % + IR au rachat |
Source : Capital.fr · Meilleurtaux Placement
Le piège de la moyenne : tous les fonds en euros ne se valent pas
2,90 % n’est qu’une médiane. Le vrai enjeu se joue dans la dispersion. Un contrat bancaire classique, souvent chargé en frais et adossé à un portefeuille obligataire ancien, peut se contenter de servir bien moins. À l’inverse, certains assureurs affichent des objectifs nettement supérieurs, à condition d’accepter des contreparties.
Meilleurtaux illustre bien cette mécanique. Son contrat Essentiel Vie, assuré par La France Mutualiste, a servi 3,50 % en 2025 et vise 5 % nets de frais de gestion en 2026, sous conditions[3]. Ce bonus de 1,50 % s’applique aux versements d’au moins 5 000 euros réalisés sur une fenêtre précise du premier semestre, avec l’obligation d’investir au minimum 30 % en unités de compte. Autrement dit, le rendement dopé du fonds en euros se paie par une exposition au risque sur une part du capital.
C’est le nouveau visage du fonds en euros. Les assureurs ne bonifient plus la garantie gratuitement. Ils exigent une part d’unités de compte, non garanties, pour accéder aux meilleurs taux. L’épargnant qui veut du 100 % sécurisé doit accepter le rendement moyen, voire inférieur. Celui qui vise le haut du panier accepte, de fait, de sortir partiellement du terrain garanti.
La leçon est simple : comparez le taux servi historique sur trois ans, la structure de frais et les conditions d’accès aux bonus. Un objectif de 5 % affiché sur une plaquette ne dit rien du rendement réel une fois les contraintes intégrées. Sur un compte à terme, le réflexe équivalent consiste à regarder le taux actuariel (TRAAB) plutôt que le taux nominal.
Quel placement garanti choisir en 2026
Fonds en euros ou SCPI : le vrai débat d’allocation
Comparer le fonds en euros au seul Livret A masque l’essentiel. La vraie question, pour un patrimoine constitué, oppose la sécurité totale au rendement supérieur assorti d’un risque mesuré. Les SCPI incarnent cette alternative. Selon Capital, la performance moyenne des SCPI est attendue autour de 4,7 % en 2026, avec des pointes de 7 % à 10 % pour les meilleurs véhicules[5], pour un niveau de risque traditionnellement situé entre 3 et 4 sur l’échelle de 7.
L’écart de rendement parle de lui-même. À 2,90 % brut pour le fonds en euros médian contre 4,7 % pour la SCPI moyenne, le différentiel dépasse 1,8 point. Sur un capital de 100 000 euros, cela représente un écart de revenus annuels non négligeable. Mais ce surplus n’est pas gratuit. La SCPI ne garantit ni le capital, ni le rendement. La valeur de la part fluctue avec le marché immobilier, et l’année 2023 a rappelé douloureusement que les prix pouvaient baisser.
La liquidité constitue l’autre ligne de fracture. Le fonds en euros reste disponible à tout moment via un rachat sur l’assurance-vie. La SCPI, elle, exige une durée de détention recommandée d’au moins huit ans, et la revente des parts peut prendre du temps selon la demande. Un épargnant qui pourrait avoir besoin de son argent à court terme n’a rien à faire en SCPI. À l’inverse, immobiliser 2,90 % pendant huit ans quand un support à 4,7 % existe relève d’un choix de prudence qu’il faut assumer en conscience.
La bonne réponse n’est presque jamais binaire. Un fonds en euros solide constitue la poche de sécurité et de liquidité. Une allocation en SCPI, logée dans l’assurance-vie ou en direct, apporte le rendement et la diversification immobilière. Le curseur entre les deux dépend de l’horizon de placement, de la tolérance au risque et du besoin de revenus réguliers.
L’atout fiscal décisif de l’enveloppe assurance-vie
Le rendement brut ne fait pas tout. L’assurance-vie déploie un avantage que ni le Livret A ni le compte à terme ne peuvent offrir : le report d’imposition. Les gains d’un fonds en euros ne sont soumis à l’impôt sur le revenu qu’au moment du rachat, pas chaque année. Seuls les prélèvements sociaux de 17,2 % sont prélevés annuellement sur le fonds en euros. Cette mécanique laisse les intérêts capitaliser plus efficacement dans le temps.
Après huit ans de détention, l’enveloppe libère un abattement annuel sur les gains lors des rachats. Un épargnant qui structure ses retraits peut ainsi percevoir une partie de ses plus-values en franchise d’impôt sur le revenu, dans la limite de cet abattement, en ne supportant que les prélèvements sociaux. C’est ce qui explique la nette hausse de collecte de l’assurance-vie : selon Capital, 160,3 milliards d’euros versés sur les dix premiers mois de l’année, soit 14,2 milliards de plus qu’un an plus tôt[5].
Attention toutefois à ne pas confondre l’enveloppe et le support. Ouvrir une assurance-vie ne garantit rien en soi. Seule la part investie en fonds en euros bénéficie de la garantie du capital. Tout ce qui est logé en unités de compte, SCPI comprises, reste soumis aux fluctuations des marchés. Le contrat n’est qu’un contenant fiscalement avantageux ; la performance dépend de ce que vous mettez dedans.
Les erreurs qui plombent un placement garanti
Première erreur : se ruer sur le fonds en euros de sa banque sans comparer. L’écart de rendement entre le contrat le plus généreux et le plus médiocre peut dépasser deux points. Sur la durée, cet écart efface tout l’avantage supposé de la sécurité. Un fonds en euros à 2 % chargé en frais rapporte moins, net d’inflation, qu’un LEP éligible.
Deuxième erreur : ignorer les prélèvements sociaux dans ses calculs. Un rendement brut de 2,90 % ne devient pas 2,90 % dans la poche. Après 17,2 % de prélèvements sociaux, il tombe autour de 2,40 %. Face à un Livret A net à 1,70 %, l’avantage réel se réduit à environ 0,70 point, pas à 1,20. La comparaison honnête se fait toujours en net.
Troisième erreur : accepter un objectif de rendement dopé sans lire les conditions. Un fonds en euros à 5 % qui impose 30 % d’unités de compte n’est plus un placement 100 % garanti. La performance globale du contrat dépendra alors du comportement des marchés sur la part non sécurisée. Confondre l’objectif affiché du fonds en euros bonifié avec le rendement garanti de l’ensemble est le meilleur moyen de se tromper sur son niveau de risque réel.
Notre analyse : la sécurité a un coût, mesurez-le
Le fonds en euros redevient un placement défendable. À 2,90 % brut attendus en 2026, il bat largement le Livret A et damne le pion au compte à terme sur le long terme, tout en offrant une souplesse fiscale imbattable. Pour la poche de sécurité d’un patrimoine, il n’a pas de rival crédible parmi les supports totalement garantis.
Ce que peu de commentateurs disent : la vraie question n’est pas de savoir si le fonds en euros est le meilleur placement garanti, mais de savoir combien de sécurité vous êtes prêt à payer. Chaque euro immobilisé à 2,40 % net quand une SCPI vise 4,7 % représente un manque à gagner assumé. Ce choix est légitime pour de l’épargne de précaution ou un horizon court. Il devient coûteux appliqué à un capital dont vous n’aurez pas besoin avant huit ou dix ans.
La stratégie gagnante ne consiste pas à opposer les produits, mais à les hiérarchiser selon leur usage. Livret A et LEP pour la trésorerie immédiate et exonérée. Fonds en euros de qualité pour la sécurité long terme fiscalement optimisée. SCPI et unités de compte pour la performance et la diversification. Le rendement moyen de 2,90 % est une bonne nouvelle. Il ne dispense pas de réfléchir à la place exacte que le fonds en euros doit occuper dans votre allocation.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.
Fonds en euros 2026 : l'essentiel du rendement garanti
- Fonds en euros : 2,90 % brut attendus en moyenne en 2026
- Livret A à 1,70 % et LEP à 2,50 % depuis le 1er août 2026
- Prélèvements sociaux de 17,2 % sur les gains du fonds en euros
- SCPI : rendement moyen attendu autour de 4,7 % en 2026
- Comptes à terme 2-5 ans : entre 2,40 % et 2,90 % brut début 2026
- Assurance-vie : abattement fiscal sur les gains après 8 ans

