Depuis le 1er février 2026, le Livret A et le LDDS sont rémunérés 1,50% nets (plafonds : 22 950 € et 12 000 €). Le LEP affiche 2,50% avec un plafond de 10 000 €. Le « fonds de défense » promet, lui, un rendement autour de 4,5% : comment y placer son épargne.
Un Livret A à 1,50%, c’est la nouvelle donne depuis le 1er février 2026. Pour un épargnant au plafond de 22 950 €, l’intérêt annuel tourne autour de 344 € nets. On comprend que certains regardent ailleurs, surtout quand un placement grand public affiche un objectif de rendement proche de 4,5%.
Dans le même mouvement, le LDDS est lui aussi passé à 1,50% (plafond 12 000 €) et le LEP recule à 2,50% (plafond 10 000 €). Les livrets réglementés restent imbattables pour la disponibilité et l’exonération d’impôt, mais leur rémunération redevient modeste.
Depuis le 14 octobre, un nouveau produit fait parler de lui : le « fonds de défense » accessible aux particuliers, piloté par Bpifrance. Promesse affichée : contribuer à des projets jugés stratégiques pour l’Europe, avec un rendement attendu autour de 4,5%. La question pratique, elle, ne change pas : comment souscrire, et surtout, à quelles conditions et avec quels risques ?
Ce que propose vraiment le « fonds de défense » : rendement visé, durée, ticket d’entrée
Le principe est simple : mobiliser l’épargne privée pour financer des projets liés au renforcement des capacités stratégiques européennes, dans des domaines sensibles comme les technologies, les infrastructures ou les systèmes d’information. L’idée de « bien commun » parle à une partie du public : une étude OpinionWay réalisée pour Bpifrance en novembre indique que 60% des Français ont une image positive de la création de ce fonds. Reconnaissons-le, l’adhésion dépend beaucoup de la confiance accordée à l’institution qui collecte et gère.
Sur le plan pratique, on est loin d’un livret : le placement s’inscrit dans le temps long. La souscription est ouverte à partir de 500 € et jusqu’à 500 000 €. Le fonds vise à soutenir environ 500 projets, avec une gestion centralisée par Bpifrance. L’épargnant n’achète pas une obligation d’État ni un livret réglementé : il entre dans un véhicule d’investissement, avec un objectif de performance et une part de risque.
Le point qui change tout, c’est la liquidité. Les sommes investies restent bloquées pendant au minimum 5 ans. Autrement dit, il faut accepter l’idée de ne pas récupérer son capital à la demande, contrairement au Livret A ou au LDDS qui permettent des retraits libres. À partir de la 6e année, des possibilités de rachat existent, mais seulement de façon trimestrielle. Pour une épargne de précaution, l’outil ne colle pas.
Le rendement attendu, annoncé autour de 4,5%, explique l’intérêt. Sur 10 000 €, un objectif de 4,5% représente environ 450 € par an (avant de parler fiscalité et aléas), contre 150 € sur un livret à 1,50%. L’écart paraît spectaculaire. Le piège classique consiste à oublier que le livret garantit le capital et la disponibilité, là où un fonds vise une performance sans promesse ferme.
Dernier élément à garder en tête : le « fonds de défense » ne permet pas de flécher son argent projet par projet. La sélection et la répartition relèvent de Bpifrance. Pour ceux qui veulent soutenir uniquement certains segments (par exemple des projets civils de cybersécurité ou d’infrastructures numériques), cette absence de choix « à la carte » peut coincer. À l’inverse, pour un épargnant qui délègue et cherche un véhicule cohérent, cette gestion centralisée fait partie du package.
Les conditions de sortie : pourquoi le blocage de 5 ans change la stratégie d’épargne
On ne place pas la même poche d’argent sur un produit bloqué 5 ans que sur un livret disponible à tout moment. En pratique, la bonne approche consiste à sanctuariser d’abord l’épargne de sécurité sur des supports liquides : Livret A (plafond 22 950 €), LDDS (plafond 12 000 €) et, si l’on est éligible, LEP (plafond 10 000 €). À 2,50% net, le LEP reste le meilleur livret réglementé, même après la baisse du 1er février 2026.
Le « fonds de défense » se positionne plutôt comme une brique de diversification à horizon long : on accepte l’illiquidité en échange d’un objectif de performance plus élevé. À y regarder de près, le calendrier de rachat trimestriel à partir de la 6e année impose aussi une discipline : si vous avez un projet à échéance 2027 ou 2028 (apport immobilier, travaux, études), mieux vaut éviter de mélanger ces sommes avec un placement qui ne se débloque pas à la demande.
Risque de perte en capital : le point que beaucoup sous-estiment face à un « 4,5% »
Le message mérite d’être martelé : le rendement autour de 4,5% reste un objectif, pas un taux garanti. Bpifrance prévient que les investisseurs peuvent perdre « totalement ou partiellement » les montants investis. On est aux antipodes d’un Livret A à 1,50% net, dont les intérêts sont acquis et le capital protégé par le cadre des livrets réglementés.
L’autre sujet, plus personnel, touche à l’acceptabilité. Certains épargnants redoutent de financer indirectement des activités militaires sensibles. Le fonds ne proposant pas de sélection « à la carte », la seule vraie réponse consiste à se demander si l’objectif de souveraineté, notamment sur les systèmes d’information, suffit à justifier l’exposition. Pour ceux qui veulent une cohérence stricte avec leurs convictions, l’absence de fléchage demeure un frein difficile à contourner.
Dernier réflexe utile : ne pas confondre « placement au service d’un objectif collectif » et placement sans risque. Même avec un ticket d’entrée à 500 €, on reste sur une logique d’investissement. Autant le dire, si la perspective d’une baisse temporaire de la valeur vous empêcherait de dormir, mieux vaut limiter l’enveloppe et conserver le gros de la trésorerie sur des supports garantis, quitte à accepter 1,50% net sur le Livret A.
Comment souscrire et calibrer le montant : une méthode simple pour éviter les erreurs
La souscription peut se faire via sa banque ou directement auprès de Bpifrance, avec un minimum de 500 € et un maximum de 500 000 €. Avant de signer, une règle de bon sens : ce fonds ne remplace pas un livret, il vient après. On garde d’abord une réserve disponible, puis on investit seulement l’argent dont on n’a pas besoin avant 5 ans.
Pour calibrer, on peut raisonner en « poches » : une poche sécurité sur Livret A, LDDS et éventuellement LEP, puis une poche long terme sur le « fonds de défense » si l’on accepte le risque et le blocage. Avec un Livret A à 1,50%, la tentation de basculer vite existe, mais le bon arbitrage reste celui qui évite de se retrouver coincé au mauvais moment, surtout avant la 6e année où les rachats ne sont même pas trimestriels.

