Les Français n’ont jamais autant plébiscité l’assurance-vie qu’en 2025, révélant un basculement silencieux mais profond de leurs réflexes d’épargne.
Des chiffres qui changent d’échelle
L’année 2025 restera comme un jalon dans l’histoire récente de l’assurance-vie. Avec près de 192 milliards d’euros collectés, les versements atteignent un niveau inédit depuis plus de vingt ans. Le seul mois de décembre concentre 16 milliards d’euros, en progression de 17 % sur un an, un rythme qui traduit un net regain de confiance des ménages.
Derrière ces montants, la structure de la collecte raconte elle aussi une évolution notable. Longtemps considérés comme à bout de souffle, les fonds en euros signent un retour remarqué avec une progression de 8 %. Dans le même temps, les unités de compte accélèrent davantage encore, affichant +13 %, preuve que la diversification n’est plus réservée aux profils les plus avertis. Sécurité et recherche de rendement avancent désormais de concert.
Pourquoi l’assurance-vie s’impose en 2025
La première explication tient à la perte d’attractivité des placements sans risque traditionnels. Avec un Livret A ramené à 1,5 %, une partie des épargnants a clairement changé de cap. À l’inverse, les fonds euros de l’assurance-vie, dont le rendement moyen avoisine désormais 2,65 %, retrouvent une place centrale dans les arbitrages patrimoniaux.
Mais le phénomène dépasse la simple comparaison de taux. Dans un environnement économique instable, l’assurance-vie coche plusieurs cases à la fois. Elle combine lisibilité, souplesse et adaptabilité, tout en laissant une marge de manœuvre aux épargnants selon leur horizon et leur tolérance au risque.
Sécurité du capital, particulièrement recherchée en période d’incertitude
Choix des supports, du plus prudent au plus dynamique
Souplesse de gestion, avec des arbitrages possibles sans contraintes excessives
Avantages successoraux, souvent décisifs dans les décisions de long terme
Une transformation profonde des habitudes d’épargne
L’attrait pour l’assurance-vie ne concerne plus seulement les patrimoines les plus élevés. Avec 20 millions de détenteurs pour 57 millions de contrats, le produit s’est imposé comme un pilier transversal de l’épargne française. Toutes les générations y trouvent désormais un outil adapté, du complément de précaution à la construction patrimoniale.
Ce mouvement s’accompagne d’un recul visible d’autres placements jugés trop liquides ou insuffisamment rémunérateurs. De plus en plus de foyers acceptent d’inscrire une partie de leur épargne dans un temps plus long, sans pour autant renoncer à une certaine disponibilité. Les seniors et les aidants familiaux figurent parmi les publics les plus concernés, entre sécurisation du présent et préparation de la transmission.
Le PER, autre grand gagnant de l’année
En parallèle, les Plans d’Épargne Retraite connaissent une dynamique spectaculaire. Plus de 20 milliards d’euros collectés et près de 8 millions de contrats ouverts témoignent d’une inquiétude diffuse autour du financement de la retraite et de l’allongement de la durée de vie.
Le PER s’inscrit de plus en plus comme un complément naturel à l’assurance-vie. Là où cette dernière séduit par sa souplesse et sa disponibilité, le PER attire par sa logique long terme et ses avantages fiscaux. Loin de s’opposer, les deux dispositifs s’imbriquent dans des stratégies patrimoniales plus structurées, pensées sur plusieurs décennies.
Cette complémentarité reflète une prise de conscience plus large. L’épargne n’est plus seulement une réserve, mais un levier stratégique pour absorber les aléas, financer des projets et préparer l’après-vie active.
Un marché en recomposition durable
Tout indique que l’engouement observé en 2025 n’a rien d’un feu de paille. Les encours dépassent désormais 2 100 milliards d’euros, tandis que la stabilisation des rendements rassure les nouveaux entrants. À cela s’ajoutent des évolutions de fond, entre digitalisation, accompagnement personnalisé et renouvellement des offres.
La question n’est plus de savoir si l’assurance-vie conservera son statut central, mais comment la collecte se répartira à l’avenir entre supports sécurisés et dynamiques. Cette ligne de fracture constituera l’un des principaux indicateurs à surveiller, à mesure que les épargnants affinent leurs arbitrages dans un paysage financier en mutation.
