Partir à la retraite en 2026 ne se joue plus seulement le jour où vous quittez votre entreprise. La loi de finances a rebattu les cartes du PER, relevé les prélèvements sociaux et laissé intacte une exonération majeure pour les chefs d’entreprise qui cèdent leur affaire. Trois leviers, trois calendriers, et des dizaines de milliers d’euros en jeu.
Le passage à la retraite est le moment où votre fiscalité bascule le plus brutalement. Vos revenus d’activité disparaissent, vos pensions arrivent, et surtout vos capitaux d’épargne deviennent mobilisables. C’est précisément là que le fisc vous attend. En 2026, trois modifications entrées en vigueur au 1er janvier changent la donne pour quiconque détient un Plan d’Épargne Retraite ou s’apprête à céder une entreprise.
La mécanique est technique, mais l’enjeu est simple. Retirer son PER n’importe comment peut vous faire basculer dans la tranche à 30 %, voire au-delà . À l’inverse, un chef d’entreprise bien conseillé peut sortir plusieurs centaines de milliers d’euros de plus-value en exonération totale d’impôt sur le revenu. Entre les deux, tout est affaire de calendrier et de connaissance du texte. Voici ce que dit précisément la réglementation applicable cette année.
Ce que la loi de finances 2026 a changé sur le PER
Le Plan d’Épargne Retraite, créé par la loi PACTE et codifié aux articles L224-1 et suivants du Code monétaire et financier, reste l’outil central de l’épargne retraite. Mais la loi de finances pour 2026 lui a appliqué trois modifications de fond, valables pour tous les types de PER confondus (individuel, collectif d’entreprise et obligatoire). Les anciens produits d’épargne retraite, eux, conservent leur régime propre et ne sont pas touchés.
Premier changement, le plus coûteux au quotidien : la hausse des prélèvements sociaux. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a relevé la CSG de 1,4 point sur les revenus du capital. Résultat, le taux global de prélèvements sociaux applicable au PER passe de 17,2 % à 18,6 %[1]. Concrètement, sur 50 000 € de gains taxés lors d’une sortie en capital, cela représente 700 € de prélèvements supplémentaires par rapport à 2025.
Deuxième changement, la fin de la déductibilité des versements à partir de 70 ans. Jusque-là , quel que soit votre âge, les sommes versées sur un PER pouvaient réduire votre revenu imposable dans la limite d’un plafond annuel. Désormais, dès 70 ans, les versements ne sont plus déductibles. La mesure s’applique de façon rétroactive à tous les versements effectués depuis le 1er janvier 2026[1]. Pour un redevable dans la tranche à 41 %, verser 10 000 € après 70 ans ne procure plus aucune économie d’impôt à l’entrée.
Troisième changement, plus favorable celui-ci : l’allongement de la période de report des plafonds de déduction non utilisés. Le contribuable pouvait mobiliser les plafonds inemployés des 3 années précédentes. Il peut désormais remonter jusqu’à 5 ans à partir des versements de 2026[1]. Ces plafonds restent indexés sur le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS) en vigueur.
| Mesure | Avant 2026 | Depuis le 1er janvier 2026 |
|---|---|---|
| Prélèvements sociaux sur les gains | 17,2 % | 18,6 % |
| Déductibilité des versements après 70 ans | Déductibles | Non déductibles |
| Report des plafonds non utilisés | 3 ans | 5 ans |
Source : Service Public
Sortie en capital ou en rente : le calcul qui change tout
Au moment de récupérer votre PER, vous avez le choix entre deux modes de sortie, et leur fiscalité n’a rien à voir. C’est là que se joue l’essentiel de l’optimisation. La règle est double : d’un côté le capital correspondant à vos versements déductibles, de l’autre les gains générés par le plan.
En sortie en capital, le capital correspondant aux versements déduits est imposé au barème progressif de l’impôt sur le revenu[2]. Les gains, eux, subissent le prélèvement forfaitaire unique de 30 % (12,8 % d’impôt sur le revenu plus 17,2 % de prélèvements sociaux, ce dernier taux étant désormais relevé). Le piège est mécanique : si vous retirez tout votre capital la même année, la fraction issue des versements déduits vient s’ajouter à vos autres revenus et peut vous propulser dans la tranche à 30 %, voire à 41 %.
En sortie en rente viagère, la logique diffère totalement. La rente est imposée comme une pension de retraite, donc avec l’abattement de 10 % prévu à l’article 158 du CGI, et supporte les prélèvements sociaux sur une fraction seulement de son montant, comprise entre 30 % et 70 % selon votre âge au moment de la mise en place de la rente[2]. Plus vous êtes âgé à l’entrée en rente, plus la fraction imposable aux prélèvements sociaux diminue.
Le PER conserve donc tout son intérêt après la retraite, à condition de piloter la sortie. Lisser les rachats de capital sur plusieurs années permet de rester sous le seuil de la tranche à 30 %. C’est l’arbitrage central : sortie en capital fractionnée, rente viagère, ou solution mixte. Le bon choix dépend du niveau de votre pension, de vos autres revenus et de votre horizon successoral.
| Élément | Sortie en capital | Sortie en rente viagère |
|---|---|---|
| Capital issu des versements déduits | Barème progressif de l’IR | Imposée comme une pension |
| Abattement applicable | Aucun sur cette fraction | 10 % (art. 158 CGI) |
| Gains | Flat tax 30 % (12,8 % IR + prélèvements sociaux) | Inclus dans la rente |
| Prélèvements sociaux | Sur la totalité des gains | Sur 30 % à 70 % selon l’âge d’entrée |
Source : Hayot Expertise · Service Public
Optimiser sa fiscalité au départ à la retraite
Chefs d’entreprise : l’exonération que 2026 n’a pas touchée
Voilà le levier que beaucoup de dirigeants ignorent au moment de raccrocher. L’article 151 septies A du Code général des impôts exonère les plus-values professionnelles réalisées lors du départ à la retraite du cédant[3]. Autrement dit, un entrepreneur qui vend son fonds ou son entreprise relevant de l’impôt sur le revenu au moment où il part à la retraite peut, sous conditions, échapper à l’impôt sur le revenu sur la plus-value dégagée.
Cette exonération n’est pas automatique. Le bénéfice est subordonné à plusieurs conditions cumulatives, tenant à l’activité, à la nature des éléments cédés, au départ effectif à la retraite du cédant et à l’absence de liens capitalistiques entre le cédant et le cessionnaire[4]. En clair, vous ne pouvez pas vendre à une structure que vous contrôlez et devez réellement cesser vos fonctions. La doctrine administrative détaille chacune de ces conditions dans les sous-sections du BOFiP consacrées au dispositif.
Le timing est critique. Le départ à la retraite et la cessation des fonctions doivent s’articuler précisément avec la cession dans le calendrier prévu par le texte. Une cession réalisée trop tôt ou trop tard par rapport au départ à la retraite, ou un contrôle résiduel dans l’entreprise cédée, peut faire tomber l’exonération et entraîner sa déchéance légale[3]. La différence entre un dossier bien monté et un dossier bancal se chiffre en dizaines, parfois en centaines de milliers d’euros d’impôt.
Ce régime peut aussi se combiner avec d’autres dispositifs d’exonération, d’abattement ou de report d’imposition des plus-values professionnelles. Un dirigeant proche de la retraite gagne à faire vérifier l’articulation de ces régimes bien en amont de la vente, car certaines options s’excluent mutuellement et d’autres se cumulent.
Les erreurs qui coûtent le plus cher au moment du départ
La première erreur est de retirer son PER en une seule fois. En concentrant sur une même année le capital issu des versements déduits, vous gonflez artificiellement votre revenu fiscal de référence et faites bondir votre tranche marginale. Fractionner les rachats sur trois, quatre ou cinq ans permet souvent de rester dans une tranche basse et d’économiser plusieurs milliers d’euros.
La deuxième erreur concerne les hauts revenus. La contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR), créée par la loi de finances pour 2025, a été reconduite pour 2026. Elle vise les foyers dont le revenu fiscal de référence dépasse 250 000 € pour un célibataire ou 500 000 € pour un couple, et garantit un taux moyen d’imposition minimal de 20 %[2]. Un rachat massif de PER peut faire franchir ce seuil et déclencher un supplément d’impôt inattendu, calculé et réglé lors de la déclaration annuelle.
La troisième erreur est de ne rien anticiper la première année de retraite. Le cabinet Hayot Expertise recommande de faire simuler son imposition 2026 avant le 15 mai, et de moduler son prélèvement à la source sans délai via l’espace impots.gouv.fr si la simulation révèle une hausse supérieure à 500 € par rapport à 2025. Pour les foyers proches de la tranche à 30 % ou de la CDHR, une projection pluriannuelle intégrant PER, assurance-vie et revenus fonciers évite les mauvaises surprises.
Notre analyse
La communication officielle a beaucoup insisté sur la hausse de la CSG et la fin de la déductibilité après 70 ans, présentées comme un durcissement. C’est vrai, mais c’est l’arbre qui cache la forêt. Le vrai sujet de 2026 n’est pas la fiscalité à l’entrée du PER, c’est le pilotage de la sortie. Un contribuable qui lisse ses rachats et reste sous la tranche à 30 % neutralise l’essentiel du surcoût lié à la hausse des prélèvements sociaux.
Ce que l’on dit rarement, c’est que la combinaison des barèmes gelés, de la revalorisation des pensions et de la CDHR reconduite produit des effets non linéaires. Un même euro de rachat de PER n’a pas le même coût selon qu’il vous laisse dans votre tranche ou vous fait basculer dans la suivante. Seule une projection chiffrée, faite avant de récupérer un centime, permet d’arbitrer correctement entre capital, rente et sortie mixte.
Pour les dirigeants, le message est encore plus net. L’exonération de l’article 151 septies A n’a pas été rabotée en 2026, mais elle reste conditionnée à un calendrier serré et à des conditions cumulatives strictes. C’est le dispositif le plus rentable du départ à la retraite, et paradoxalement l’un des plus mal exploités faute d’anticipation. Se pencher sur son montage deux ou trois ans avant la cession, pas deux mois avant, fait toute la différence.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.
Fiscalité PER et départ à la retraite en 2026
- Prélèvements sociaux sur le PER portés de 17,2 % à 18,6 % au 1er janvier 2026
- Versements PER non déductibles à partir de 70 ans, de façon rétroactive depuis janvier 2026
- Report des plafonds de déduction non utilisés allongé de 3 à 5 ans
- Sortie en capital : versements déduits taxés au barème de l'IR, gains à la flat tax 30 %
- Article 151 septies A du CGI : exonération des plus-values pro au départ à la retraite du cédant
- CDHR reconduite : taux moyen minimal de 20 % au-delà de 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (couple)
Sources
4 sources · 9 faits vérifiés

