Vietnam : la baisse d’impôt de 30 % qui ne concerne pas les salariés, contrairement aux apparences

Date:

Patrimoine MagazineFiscalitéVietnam : la baisse d'impôt de 30 % qui ne concerne pas...

Partager:

Le Vietnam vient de voter une baisse d’impôt de 30 % pour 2026 et 2027. Le titre séduit, mais il piège. Ce cadeau fiscal ne vise ni les salaires ni l’ensemble des contribuables. Il cible uniquement les revenus d’activité des petites structures sous 10 milliards de dongs. Un détail qui change tout.

L’Assemblée nationale vietnamienne a adopté le 24 août 2026 une résolution réduisant de 30 % l’impôt sur le revenu des personnes physiques et des entreprises. Le vote fut massif : 480 députés sur 481 présents ont approuvé le texte. Entrée en vigueur immédiate, application aux exercices 2026 et 2027. La mesure vise à soutenir les petites entreprises dans une phase de réformes structurelles du secteur privé.

La mécanique paraît généreuse. Elle l’est réellement pour une catégorie précise de redevables. Mais la lecture attentive du texte révèle une frontière nette entre ce que les gros titres laissent entendre et ce que la loi accorde vraiment. Comprendre cette frontière, c’est éviter le contresens qui circule déjà dans la presse internationale.

Ce que la résolution réduit vraiment, et ce qu’elle ne touche pas

Le point décisif tient en une phrase. La réduction porte sur les revenus d’activité professionnelle, pas sur les salaires. Un résident percevant un salaire au Vietnam ne bénéficie d’aucun abattement de 30 % sur l’impôt frappant sa rémunération d’employé. Cette distinction est au cœur du dispositif et elle est systématiquement gommée par les formulations racoleuses.

Deux catégories de redevables sont visées. D’abord les personnes physiques résidentes exerçant une activité commerciale dont le chiffre d’affaires annuel ne dépasse pas 10 milliards de dongs, soit environ 380 000 dollars américains. Pour elles, l’impôt sur le revenu dû au titre de cette activité est amputé de 30 %. Ensuite les entreprises et organisations constituées selon le droit vietnamien, sous le même seuil de chiffre d’affaires, qui voient leur impôt sur les sociétés réduit dans les mêmes proportions.

Le fait générateur de l’avantage repose donc sur la nature du revenu et sur un plafond de recettes. Un professionnel indépendant sous le seuil profite pleinement de la mesure. Un salarié classique, non. Cette architecture cible délibérément le tissu des micro-entreprises et des travailleurs indépendants, colonne vertébrale de l’économie vietnamienne.

Le seuil de 10 milliards de dongs s’apprécie exercice par exercice. Il faut respecter le plafond en 2026 comme en 2027 pour bénéficier de la réduction sur chacune des deux années. Une année de dépassement fait perdre l’avantage pour l’exercice concerné.

Immobilier au Portugal : l’Alentejo grimpe de 14% en un an, plus vite que Lisbonne

Qui bénéficie de la réduction de 30 % au Vietnam en 2026-2027
Type de redevable Condition Réduction applicable
Indépendant (revenu d’activité) CA ≤ 10 milliards VND/an 30 % sur l’IR d’activité
Entreprise / organisation CA ≤ 10 milliards VND/an 30 % sur l’IS dû
Salarié (revenu d’emploi) Sans objet Aucune réduction

Source : Việt Nam News · Mondaq

L’effet chiffré sur une petite entreprise type

Le ministre des Finances a lui-même illustré l’impact concret lors des débats parlementaires. Prenons une entreprise réalisant 10 milliards de dongs de chiffre d’affaires annuel. En retenant une marge bénéficiaire de l’ordre de 12 %, le gouvernement a calculé qu’une réduction d’impôt de 30 % pouvait laisser à la structure environ 4 à 5 millions de dongs supplémentaires par mois, voire davantage.

Sur un an, cela représente une trésorerie additionnelle de plusieurs dizaines de millions de dongs conservée dans l’entreprise plutôt que versée au Trésor. Pour une micro-entreprise, cette somme n’est pas anecdotique. Elle finance un salaire d’appoint, un stock, un investissement de proximité. C’est précisément l’objectif affiché : maintenir l’activité productive et soutenir la stabilité économique.

Le raisonnement fiscal est instructif. La réduction s’applique sur l’impôt dû, pas sur l’assiette. Concrètement, on calcule d’abord l’impôt normalement exigible, puis on en retire 30 %. Pour une entreprise déjà bénéficiaire d’incitations fiscales au titre de la loi sur l’IS ou d’autres dispositifs, la réduction de 30 % se calcule sur l’impôt restant dû après application des incitations existantes. L’avantage se cumule donc, mais s’empile en dernier, sur le solde.

Ce mécanisme de calcul en cascade évite les doublons. Une entreprise déjà largement exonérée ne récupère pas 30 % d’un impôt qu’elle ne paie quasiment plus. La logique protège les recettes publiques tout en fléchant l’effort vers les structures qui acquittent réellement un impôt.

Enjeux de la réforme fiscale vietnamienne 2026-2027

Un périmètre strict
La réduction vise uniquement les revenus d'activité des indépendants et l'IS des petites entreprises. Les salaires n'ouvrent aucun droit à l'abattement.
Effet trésorerie concret
Pour une entreprise à 10 milliards VND de CA et 12 % de marge, l'économie atteint 4 à 5 millions VND par mois selon le ministère des Finances.
Verrou anti-abus
Les scissions d'entreprises réalisées après le vote et dépassant le seuil combiné sont exclues du dispositif pour éviter le contournement.
Fenêtre limitée à deux ans
L'avantage ne couvre que les exercices 2026 et 2027, sans garantie de reconduction. Une planification prudente s'impose.
Mesure de masse
Avec 81,1 % des sociétés éligibles, la réforme touche l'essentiel du tissu entrepreneurial vietnamien, pas une niche marginale.

Le garde-fou anti-scission qui verrouille le dispositif

Le législateur vietnamien a anticipé la manœuvre évidente. Face à un seuil de 10 milliards de dongs, la tentation est de découper une grande entreprise en plusieurs entités plus petites, chacune passant sous la barre pour capter la réduction. Le texte ferme cette porte.

La résolution exclut les entreprises créées par division ou séparation d’une entreprise existante après l’entrée en vigueur du texte, dès lors que le chiffre d’affaires combiné des entités issues de l’opération dépasse le seuil de 10 milliards de dongs en 2026 ou 2027. L’intention politique est limpide. Une grande structure ne doit pas pouvoir se fractionner artificiellement en plusieurs personnes morales pour ramener chacune sous le plafond et obtenir indûment l’avantage.

Cette clause anti-abus révèle une maturité législative. Elle traite le contournement à la source, en neutralisant l’ingénierie de scission opportuniste. Un dirigeant qui envisagerait une réorganisation dans les deux prochaines années doit intégrer ce paramètre. Une scission mal calibrée ne procurera aucun bénéfice fiscal et risque au contraire d’attirer l’attention de l’administration.

Le message pour tout entrepreneur sous le seuil : l’avantage récompense la petite taille réelle, pas la petite taille fabriquée. La frontière entre optimisation légitime et abus est ici tracée dans le texte même.

Ce que cette réforme dit de la trajectoire fiscale vietnamienne

La mesure ne s’analyse pas isolément. Elle s’inscrit dans un agenda plus large de réforme du secteur privé. Le Vietnam multiplie les signaux favorables aux petites structures et aux indépendants, dans une stratégie de croissance qui mise sur la vitalité entrepreneuriale plutôt que sur la seule grande industrie.

Le volume concerné donne la mesure de l’ambition. Plus de 865 000 entreprises affichent un chiffre d’affaires annuel inférieur à 10 milliards de dongs, soit environ 81,1 % de l’ensemble des sociétés. Autrement dit, la réduction ne vise pas une frange marginale mais l’immense majorité du tissu entrepreneurial. C’est une mesure de masse, pas un dispositif de niche.

Le coût budgétaire est assumé. Sur la base des recettes fiscales de 2025, la mise en œuvre de la réduction devrait amputer les recettes de l’État d’environ 3 191 milliards de dongs en 2026, soit près de 121 millions de dollars, puis de 3 510 milliards de dongs en 2027, environ 133 millions de dollars. Un manque à gagner net, présenté comme un investissement dans la stabilité macroéconomique et la maîtrise de l’inflation.

Le caractère temporaire mérite l’attention. La résolution vise expressément les exercices 2026 et 2027, pas au-delà. Rien ne garantit une reconduction. Un entrepreneur qui structure sa trésorerie en tablant sur cette réduction doit intégrer sa nature transitoire. La fenêtre est ouverte deux ans, elle peut se refermer.

Notre analyse : le vrai risque n’est pas fiscal, il est de lecture

Le piège de cette réforme n’est pas dans son mécanisme, il est dans son intitulé. Formuler l’affaire comme une baisse d’impôt de 30 % pour les particuliers et les entreprises entretient une confusion coûteuse. Un salarié vietnamien qui croirait voir son impôt sur salaire fondre de 30 % se trompe. La règle tient en une phrase : le Vietnam réduit de 30 % l’impôt dû pour 2026 et 2027 par les indépendants résidents et les entreprises de droit vietnamien sous 10 milliards de dongs de chiffre d’affaires, et rien de plus large.

Cette précision n’est pas un détail juridique. Elle détermine qui doit ajuster sa gestion et qui n’a rien à changer. Un professionnel indépendant sous le seuil a intérêt à vérifier son éligibilité exercice par exercice et à surveiller son chiffre d’affaires pour ne pas franchir la barre au mauvais moment. Un salarié pur n’a aucune démarche à entreprendre : le dispositif ne le concerne pas.

Pour un investisseur ou un dirigeant étranger regardant le Vietnam, le signal reste positif mais doit être lu froidement. Le pays privilégie les petites structures productives, pénalise l’ingénierie de scission, et assume un coût budgétaire mesuré pour soutenir son secteur privé. C’est une politique ciblée, temporaire et verrouillée contre l’abus. La comprendre pour ce qu’elle est, ni plus ni moins, vaut mieux que de se laisser porter par un gros titre trompeur.

Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.

Baisse d'impôt de 30 % au Vietnam : l'essentiel

  • Réduction de 30 % de l'impôt pour 2026 et 2027, votée par 480 députés sur 481
  • Seuil d'éligibilité : chiffre d'affaires annuel ≤ 10 milliards VND (environ 380 000 $)
  • Les salaires sont exclus : seuls les revenus d'activité sont concernés
  • Plus de 865 000 entreprises éligibles, soit 81,1 % des sociétés vietnamiennes
  • Coût budgétaire estimé : 3 191 milliards VND en 2026, 3 510 milliards en 2027
  • Clause anti-scission : pas de découpage artificiel pour passer sous le seuil
Astrid
Astrid
Titulaire d’un master d’économie et d’une licence d’Histoire, Astrid supervise l’ensemble des services de rédaction

Cryptomonnaies et régularisation fiscale des actifs numériques en 2027, le fisc pourrait vous demander de déclarer vos bitcoins et vos avoirs cachés

Le paysage fiscal autour des cryptomonnaies devrait connaître une transformation significative à l’horizon 2027. Divers signaux, portés par l’évolution législative et les annonces gouvernementales,...

PER après 70 ans : la règle fiscale qui fait perdre jusqu’à 2 881 € de déduction depuis janvier 2026

Depuis le 1er janvier 2026, un verrou fiscal s'est refermé sur le Plan d'épargne retraite. Passé 70 ans, vos versements volontaires ne réduisent plus...

Taxe foncière 2026 : vous avez jusqu’au 31 décembre 2027 pour contester une erreur sur votre avis

La taxe foncière 2026 grimpe pour des millions de propriétaires, mais une partie de ces hausses repose sur des données erronées. Surface surestimée, dépendance...

SCPI européennes : la fiscalité que votre banquier oublie de vous expliquer en 2026

Les SCPI qui investissent hors de France séduisent par leurs rendements affichés. Mais l'argument décisif tient à la fiscalité : sur un loyer encaissé...

Parking locatif en 2026 : jusqu’à 7 % de rendement et une fiscalité souvent sous-estimée

Le parking reste la porte d'entrée la plus accessible de l'immobilier locatif. Un ticket de 10 000 à 45 000 euros, des charges réduites,...

Taxe foncière : +18,6 % en quatre ans, les villes qui résistent vraiment au choc fiscal

Entre 2021 et 2025, la taxe foncière a bondi de 18,6 % en médiane dans 200 communes françaises. Pendant ce temps, les ventes immobilières...
Sur le même sujet

Quels avantages fiscaux pour la LMNP ?

Investir avec le statut de loueur meublé non professionnel est extrêmement profitable pour le bailleur. Investir avec le statut...

Plus-values sur la vente d’un bien immobilier : on vous dit tout

Il est de plus en plus rare de nos jours de ne posséder qu’un seul bien immobilier tout...

Comment optimiser son patrimoine ?

Généralement constitué de biens matériels et immatériels ayant une valeur économique, le patrimoine permet d’atteindre divers objectifs. Pour...

Expatriation fiscale : ce qu’il faut savoir sur le sujet

L'expatriation fiscale est un sujet de plus en plus présent dans l'actualité économique. Il s'agit d'un phénomène où...