L’expatriation fiscale des retraités français s’intensifie vers des destinations à faible coût de vie, mais les modalités d’imposition et de couverture sociale varient fortement selon les conventions bilatérales.
La mobilité des retraités français vers l’étranger reste une stratégie patrimoniale courante pour optimiser le pouvoir d’achat des pensions et réduire la pression fiscale. Les destinations méditerranéennes, nord-africaines et asiatiques attirent particulièrement les cadres moyens et supérieurs disposant de revenus de remplacement modestes mais réguliers. Avant tout départ, trois paramètres doivent être analysés : la convention fiscale bilatérale, le régime de sécurité sociale applicable, et les formalités de résidence permanente.
Ce que couvre réellement une convention fiscale
La France a signé plus de 120 conventions fiscales destinées à éviter la double imposition. Ces textes déterminent quel État taxe les pensions de retraite : l’État de résidence fiscale ou l’État de source. Pour les retraites du secteur privé, la règle générale prévoit l’imposition dans l’État de résidence. Les pensions publiques (fonctionnaires) restent taxables en France, sauf exceptions prévues par certaines conventions. Le changement de résidence fiscale implique une déclaration formelle auprès des impôts français et la fourniture d’un justificatif de domicile à l’étranger (bail, factures, certificat de résidence fiscale). L’absence de ce certificat maintient l’imposition française intégrale.
Certaines destinations pratiquent une fiscalité allégée sur les pensions étrangères : le Portugal exonérait totalement les retraites pendant dix ans sous le régime des résidents non habituels (RNH), modifié en 2024 avec un taux réduit de 10 %. La Grèce propose un forfait de 7 % sur les revenus de source étrangère pour les nouveaux résidents fiscaux. Le Maroc applique un taux libératoire de 10 % sur les pensions de source étrangère transférées au Maroc. La Thaïlande n’impose pas les revenus de source étrangère non rapatriés l’année de leur perception. Ces dispositifs évoluent régulièrement : vérifier les conditions en vigueur avant tout engagement.
Ce que vous devez vérifier avant de partir
Trois démarches préalables sont indispensables. Première étape : obtenir le formulaire S1 auprès de l’Assurance Maladie, qui garantit la prise en charge des soins dans l’Union européenne et certains pays conventionnés (Suisse, Norvège, Islande, Liechtenstein). Hors UE, la Caisse des Français de l’Étranger (CFE) permet de conserver une couverture sociale française moyennant cotisation volontaire. Deuxième étape : vérifier les formalités de résidence permanente (visa retraité, justificatifs de revenus minimum, assurance santé locale obligatoire). La Thaïlande exige 65 000 bahts mensuels de revenus ou 800 000 bahts bloqués en banque pour le visa retraité. Troisième étape : anticiper la succession. Le règlement européen n° 650/2012 applique la loi du dernier pays de résidence habituelle, sauf choix exprès de la loi nationale. Un testament olographe rédigé en France reste valable, mais peut nécessiter une traduction assermentée et une homologation locale.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié avant toute décision patrimoniale.

