Le Vietnam propose une réduction de 30 % de l’impôt sur le revenu pour 2026 et 2027, réservée aux revenus d’activité dont le chiffre d’affaires annuel reste sous 10 milliards de dongs. Un chiffre spectaculaire, une réalité beaucoup plus étroite : ce n’est pas une baisse générale pour tous les contribuables.
Une baisse d’impôt de 30 % annoncée en pleine campagne de déclaration fiscale : sur le papier, la mesure fait rêver n’importe quel contribuable. Le gouvernement vietnamien l’a présentée le 21 août 2026 devant la 16e Assemblée nationale, lors d’une session extraordinaire. Le ministre des Finances Ngo Van Tuan y défend un allègement ciblé pour soutenir la croissance et la trésorerie des entreprises.
Le piège est dans le mot « ciblé ». La lecture rapide fait croire à une réduction généralisée de l’impôt sur le revenu. La réalité juridique est autrement plus restrictive. La mesure vise les revenus tirés d’une activité économique, pas les salaires. Un employé vietnamien ne verra pas, du seul fait de cette résolution, son impôt sur salaire baisser de 30 %. Comprendre cette frontière, c’est comprendre toute la mécanique du dispositif et sa portée réelle sur le patrimoine des redevables concernés.
Le mécanisme exact : un abattement réservé aux revenus d’activité
La proposition prévoit une réduction de 30 % de l’impôt sur le revenu des personnes physiques dû au titre des exercices 2026 et 2027. Le fait générateur retenu est précis : il s’agit du revenu tiré d’une activité économique par un résident, à condition que son chiffre d’affaires annuel n’excède pas 10 milliards de dongs, soit environ 383 600 dollars américains selon les données présentées à l’Assemblée nationale.
La même logique s’applique aux personnes morales. Une réduction de 30 % de l’impôt sur les sociétés est proposée pour les entreprises et organisations constituées selon le droit vietnamien dont le chiffre d’affaires annuel ne dépasse pas ce même seuil de 10 milliards de dongs pour 2026 et 2027[3]. L’assiette et le seuil sont identiques pour les deux impôts : le curseur, c’est le chiffre d’affaires de l’activité, pas la nature du contribuable.
La distinction que tout le monde manque tient dans une phrase. Le cabinet Mondaq la résume sans détour : la mesure réduit de 30 % l’impôt dû par les travailleurs indépendants qualifiés et les entreprises de droit vietnamien sous le seuil de chiffre d’affaires, elle ne coupe pas l’impôt sur le revenu et l’impôt sur les sociétés de 30 % dans toute l’économie[4]. Concrètement, un salarié percevant un traitement ne bénéficie d’aucune réduction au titre de ce texte. L’assiette éligible, c’est le revenu d’activité, pas le revenu d’emploi.
Cette frontière entre revenu d’activité et revenu salarial est le cÅ“ur du dispositif. Elle explique pourquoi le titre médiatique promettant « 30 % d’impôt en moins pour les ménages » induit en erreur. Le redevable visé est le micro-entrepreneur, le foyer d’affaires, la petite structure : celui qui déclare un chiffre d’affaires, pas un bulletin de paie.
Assurance-vie Lucya CNP : 0,30 % de frais et bonus jusqu’Ã 5 %, ce qu’il faut savoir avant de signer
| Critère | Contenu de la mesure |
|---|---|
| Taux de réduction | 30 % de l’impôt dû |
| Exercices concernés | 2026 et 2027 |
| Seuil de chiffre d’affaires | 10 milliards de VND / an (env. 383 600 USD) |
| Bénéficiaires (IR) | Résidents tirant un revenu d’activité |
| Bénéficiaires (IS) | Entreprises de droit vietnamien sous le seuil |
| Exclus | Salariés sur leur revenu d’emploi |
Source : VietnamPlus · Mondaq
Ce que ça change concrètement pour un redevable éligible
Prenons un travailleur indépendant résident dont l’activité génère un chiffre d’affaires sous le seuil des 10 milliards de dongs. Supposons qu’après application des règles d’assiette, son impôt sur le revenu d’activité dû ressorte à 100 unités. La réduction de 30 % ramène cet impôt à 70 unités. L’économie, 30 unités, tombe directement dans sa trésorerie. Sur deux exercices, 2026 et 2027, l’effet se cumule tant que le seuil de chiffre d’affaires est respecté chaque année.
Le point technique le plus important concerne les entreprises déjà bénéficiaires d’incitations fiscales. Pour celles qui profitent déjà d’avantages au titre de la loi sur l’impôt sur les sociétés ou d’autres textes et résolutions de l’Assemblée nationale, la réduction de 30 % se calcule sur l’impôt dû après déduction des incitations existantes[3]. Autrement dit, la réduction ne se superpose pas aux avantages acquis : elle s’applique sur le solde résiduel. Cette règle d’articulation évite l’empilement des niches et encadre l’effet réel du dispositif.
Le seuil de chiffre d’affaires fonctionne comme un couperet, pas comme un barème progressif. Un contribuable dont l’activité dépasse ne serait-ce que légèrement les 10 milliards de dongs sur l’exercice sort du champ pour l’année entière. Il n’existe pas de mécanisme de lissage ou de décote au-delà du seuil dans les éléments présentés. Cette architecture en tout ou rien crée un effet de bord classique : mieux vaut piloter son chiffre d’affaires pour rester sous la ligne que de la franchir de peu et perdre le bénéfice complet.
Pour le patrimoine du redevable, l’enjeu dépasse l’économie immédiate. Une charge fiscale allégée sur deux exercices libère de la capacité d’autofinancement. Le gouvernement le formule ouvertement : la mesure vise à soutenir la production, l’investissement et l’accumulation de capital des entreprises privées[4]. C’est moins une remise fiscale ponctuelle qu’un signal de politique de croissance orienté vers le tissu des petites structures.
Enjeux de la baisse d'impôt ciblée vietnamienne
Le coût budgétaire assumé par l’État
Une baisse d’impôt a un prix pour les finances publiques. Le gouvernement l’a chiffré devant l’Assemblée. Les recettes budgétaires devraient reculer d’environ 3 191 milliards de dongs en 2026, soit près de 112 millions de dollars, puis d’environ 3 510 milliards de dongs en 2027, autour de 134 millions de dollars[3]. Ces montants recoupent ceux relayés par les analyses indépendantes du dispositif, qui confirment la même trajectoire de perte de recettes sur les deux exercices[2].
Cette perte volontaire de recettes est présentée comme un investissement dans la stabilité macroéconomique. Le ministre des Finances relie explicitement la mesure à la maîtrise de l’inflation et à la réalisation des objectifs de croissance du pays[3]. Le raisonnement est celui du multiplicateur : la trésorerie laissée aux petites structures est censée se retransformer en activité, en emplois et, à terme, en base imposable élargie.
Le montant reste modeste rapporté à la taille d’une économie nationale, ce qui trahit le caractère volontairement ciblé de la mesure. Un allègement général de 30 % sur tous les revenus aurait pesé des ordres de grandeur supérieurs sur le budget. Le choix d’un périmètre étroit, les seuls revenus d’activité sous seuil, permet de contenir le coût tout en concentrant l’effet là où le gouvernement veut agir : le secteur privé domestique.
| Exercice | Perte de recettes (VND) | Équivalent USD |
|---|---|---|
| 2026 | ≈ 3 191 milliards | ≈ 112,12 millions |
| 2027 | ≈ 3 510 milliards | ≈ 134,2 millions |
Source : Báo ChÃnh phá»§ (VGP)
Les stratégies et arbitrages pour un contribuable concerné
Le premier réflexe pour un redevable éligible est le pilotage du chiffre d’affaires. Le seuil de 10 milliards de dongs par exercice détermine tout. Un indépendant proche de la limite a intérêt à suivre son chiffre d’affaires cumulé tout au long de l’année pour éviter de le franchir sur les derniers mois. Un dépassement, même marginal, fait basculer l’activité hors du champ de la réduction pour l’exercice entier. L’arbitrage entre volume d’activité et éligibilité fiscale devient un vrai sujet de gestion.
Le deuxième point d’attention vise les structures déjà titulaires d’incitations fiscales. Puisque la réduction de 30 % se calcule après déduction des avantages existants, il faut recalculer l’impôt effectivement dû avant d’anticiper l’économie. Une entreprise bénéficiant déjà d’un taux réduit ou d’une exonération partielle verra la nouvelle réduction porter sur un solde plus faible. L’effet cumulé n’est jamais mécaniquement de 30 % du brut : il dépend de l’ordre d’application des dispositifs.
Le troisième arbitrage concerne la nature des revenus. Un contribuable qui perçoit à la fois un salaire et un revenu d’activité doit distinguer les deux flux. Seul le revenu d’activité entre dans l’assiette éligible. Cette séparation impose une comptabilité claire et une déclaration soignée : mélanger les deux natures de revenus expose à une contestation de l’assiette réduite. La qualification du revenu, activité contre emploi, devient un point de vigilance déclaratif de premier ordre.
Enfin, le caractère temporaire du dispositif, limité à 2026 et 2027, impose de raisonner sur un horizon court. La trésorerie libérée sur ces deux exercices doit être arbitrée en connaissance de sa fin programmée. Un plan d’investissement calé sur cette fenêtre profite de l’allègement ; un plan qui s’étale au-delà de 2027 devra intégrer le retour au niveau d’imposition normal. Le calendrier fiscal n’est pas un détail, c’est un paramètre de décision.
Les erreurs à éviter absolument
La première erreur, la plus répandue, consiste à croire que ses revenus salariaux vont baisser de 30 %. Ils ne le seront pas. La résolution ne touche pas l’impôt sur le revenu d’emploi. Un salarié qui adapterait ses versements d’épargne ou ses projets en anticipant un gain de pouvoir d’achat qui n’existe pas commettrait une erreur de trésorerie. Le périmètre est verrouillé : revenu d’activité uniquement.
La deuxième erreur est de tenir le dispositif pour acquis. À la date des sources, la proposition doit encore être approuvée par l’Assemblée nationale avant toute mise en Å“uvre[2]. Tant que le vote n’est pas intervenu, aucun contribuable ne peut fonder une décision irréversible sur une réduction qui reste, juridiquement, une proposition. Anticiper l’application d’un texte non voté est un risque à ne pas prendre.
La troisième erreur touche le seuil. Le confondre avec un plafond de revenu imposable, alors qu’il s’agit d’un seuil de chiffre d’affaires, fausse tout le raisonnement. Le chiffre d’affaires n’est pas le bénéfice ni le revenu net. Une activité peut afficher un chiffre d’affaires élevé et un revenu net modeste. C’est le chiffre d’affaires qui commande l’éligibilité, pas la marge. Cette confusion peut conduire à s’estimer éligible à tort, ou inversement à renoncer au bénéfice par excès de prudence.
Notre analyse : une mesure de croissance déguisée en cadeau fiscal
Ce dispositif n’est pas une baisse d’impôt pour les ménages, malgré son emballage médiatique. C’est un outil de politique industrielle ciblé sur les petites structures privées. Le gouvernement l’assume : la mesure s’inscrit dans un agenda plus large de réforme du secteur privé, aux côtés de la Résolution 68, avec une direction claire : permettre aux entreprises vietnamiennes non seulement de survivre, mais d’accumuler du capital, d’investir et de croître[4]. Le vocabulaire du soutien social masque une logique de compétitivité.
Le vrai enseignement pour l’observateur patrimonial dépasse les frontières du Vietnam. Une réduction fiscale spectaculaire sur le papier peut se révéler très étroite à l’usage. Le taux affiché, 30 %, capte l’attention ; le périmètre, revenus d’activité sous seuil de chiffre d’affaires, la restreint drastiquement. C’est le rappel qu’un chiffre de communication ne remplace jamais la lecture du fait générateur, de l’assiette et des conditions d’éligibilité. La mécanique prime toujours sur le slogan.
Le coût budgétaire contenu, de l’ordre de 3 000 à 3 500 milliards de dongs par an, confirme cette lecture. Un allègement réellement général aurait pesé bien davantage. Le choix d’un dispositif calibré, temporaire et articulé avec les incitations existantes trahit une volonté d’efficacité maximale par franc dépensé. Pour le Vietnam, l’objectif n’est pas de soulager le contribuable moyen, mais d’accélérer la formation de capital dans son tissu de petites entreprises. La réduction de 30 % est un levier de croissance, pas une remise de fin d’année.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.
Réduction d'impôt vietnamienne 2026-2027 : l'essentiel
- Réduction de 30 % de l'impôt dû pour 2026 et 2027
- Seuil : chiffre d'affaires annuel sous 10 milliards de VND (≈ 383 600 USD)
- Réservée aux revenus d'activité, pas aux salaires
- S'applique aussi à l'IS des entreprises de droit vietnamien sous le seuil
- Coût estimé : ≈ 3 191 milliards de VND en 2026, ≈ 3 510 milliards en 2027
- Proposition en attente d'approbation par l'Assemblée nationale
Sources
3 sources · 9 faits vérifiés

