Le Pinel est mort le 31 décembre 2024. En février 2026, la loi de finances lui a substitué un mécanisme radicalement différent : non plus une réduction d’impôt, mais un amortissement du prix d’achat déductible des revenus fonciers. Pour un investisseur installé à l’étranger, la mécanique fiscale n’a jamais été aussi favorable, à condition d’en comprendre les rouages exacts.
Beaucoup de non-résidents raisonnent encore avec les réflexes de l’ère Pinel : réduction d’impôt plafonnée, zonage rigide, engagement de six à douze ans. Ce logiciel est périmé. Le statut de propriétaire bailleur privé, dit dispositif Jeanbrun, fonctionne sur une logique d’amortissement comptable, celle que les investisseurs professionnels et les loueurs meublés connaissent depuis longtemps. Il déplace l’avantage fiscal du montant de l’impôt vers l’assiette imposable elle-même.
Cette bascule change tout pour un expatrié. Un non-résident est imposé en France sur ses seuls revenus de source française, dont les loyers font partie. Or ce nouveau dispositif attaque précisément cette base imposable en la réduisant, année après année, par le jeu de l’amortissement. Résultat : un revenu foncier français qui peut être ramené à zéro pendant de longues années, tout en constituant un patrimoine tangible. Voici comment le mécanisme fonctionne réellement.
Le dispositif Jeanbrun : un amortissement, pas une réduction d’impôt
Le fait générateur de l’avantage n’est plus l’impôt dû, mais le revenu foncier lui-même. Concrètement, après l’achat d’un logement destiné à la location non meublée, le propriétaire déduit chaque année de ses revenus locatifs une partie du prix d’achat du bien, en plus de l’intégralité des charges (travaux, intérêts d’emprunt, taxe foncière). C’est une rupture totale avec le Pinel, qui accordait une réduction directe de l’impôt sur le revenu.
L’ampleur de l’amortissement est le cÅ“ur du dispositif. Selon la loi de finances pour 2026, il permet d’amortir jusqu’à 80 % du prix d’acquisition d’un logement neuf ou d’un ancien rénové[3]. Cet amortissement génère un déficit foncier déductible du revenu global. Les taux annuels s’échelonnent selon le type de bien : entre 3,5 % et 5,5 % par an pour le neuf, et entre 3 % et 4 % par an pour l’ancien rénové[4].
En contrepartie, l’engagement est réel. Le bien doit être loué au minimum neuf ans, dans le respect de plafonds de loyers et de ressources des locataires[3]. Le dispositif cible les catégories intermédiaire, sociale et très sociale, avec un système de plafonds différenciés. Les logements éligibles couvrent le neuf comme l’ancien nécessitant au moins 30 % de travaux de rénovation[4].
| Type de bien | Amortissement annuel | Plafond selon la catégorie de loyer |
|---|---|---|
| Logement neuf | 3,5 % à 5,5 % par an | Très social : 12 000 € |
| Ancien rénové (min. 30 % travaux) | 3 % à 4 % par an | Social : 10 000 € |
| Amortissement total possible | jusqu’à 80 % du prix | Intermédiaire : 8 000 € |
Source : My French House · Optimhome
La fenêtre d’acquisition est étroite et datée. Le statut de propriétaire bailleur privé s’applique aux acquisitions réalisées entre le 3 février 2026 et le 31 décembre 2028[4]. La source Optimhome mentionne une date d’entrée légèrement différente, le 21 février 2026 : cet écart de calendrier entre sources justifie une vérification précise auprès du notaire au moment de la signature. La durée d’amortissement s’étend, selon les sources, sur un minimum de neuf à douze ans.
Pourquoi le mécanisme est particulièrement puissant pour un non-résident
Un expatrié ne déclare en France que ses revenus de source française. Les loyers d’un bien situé sur le territoire en font partie, imposés dans la catégorie des revenus fonciers. Le dispositif Jeanbrun agit directement sur cette assiette : en amortissant une fraction du prix chaque année, il neutralise tout ou partie du loyer imposable. Pour un contribuable dont c’est souvent l’unique revenu français, l’effet est mécaniquement plus visible que pour un résident aux revenus multiples.
Prenons un exemple générique et chiffré. Sur un logement neuf acquis 200 000 € amorti à 5 % par an, l’amortissement annuel atteint 10 000 €. Si les loyers annuels s’établissent autour de 9 000 €, l’amortissement absorbe la totalité du revenu foncier imposable, auquel s’ajoute encore la déduction des charges réelles. Le revenu foncier net imposable tombe à zéro, et le surplus d’amortissement crée un déficit foncier reportable. C’est la logique inverse du Pinel, qui exigeait un impôt à réduire.
Cette architecture rend le dispositif utile même à un non-résident faiblement imposé en France. Là où une réduction d’impôt était inutile pour qui n’avait pas d’impôt à effacer, un amortissement qui écrase l’assiette produit un bénéfice réel : il repousse le moment où les loyers deviennent imposables. Sur neuf à douze ans, c’est un différé d’imposition considérable, adossé à un actif immobilier physique.
Reste la question des prélèvements sociaux. Les revenus fonciers de source française supportent en principe la CSG-CRDS, avec un régime particulier pour les non-résidents affiliés à un système de sécurité sociale de l’Espace économique européen. Aucune source fournie ne détaille ce point pour 2026 : il doit impérativement être vérifié selon le pays de résidence, car il conditionne le rendement net réel de l’opération.
Enjeux fiscaux pour l'investisseur non-résident
Denormandie, LMNP, déficit foncier : les leviers complémentaires
Le dispositif Denormandie reste une alternative dans l’ancien à rénover. Il accorde une réduction d’impôt aux personnes physiques qui achètent un logement ancien, le rénovent, puis le mettent en location[2]. Point capital pour un expatrié : la domiciliation fiscale en France n’est exigée qu’au moment de l’investissement. En cas de déménagement ultérieur à l’étranger, le contribuable conserve son avantage fiscal.
Le Denormandie obéit à des plafonds stricts. L’investissement est plafonné à 300 000 € travaux inclus, et à 5 500 € par mètre carré de surface habitable[2]. Surtout, il entre dans le plafonnement global des niches fiscales : pour le calcul de l’impôt sur le revenu 2026, le total des réductions ne peut dépasser 10 000 € par an. Ce plafond ne concerne pas le dispositif Jeanbrun, qui n’est pas une réduction d’impôt mais une déduction de l’assiette foncière, ce qui constitue un avantage décisif du nouveau régime.
La location meublée non professionnelle demeure attractive en 2026. Sous le régime réel, le LMNP permet d’amortir le bien et le mobilier, réduisant fortement la base imposable[3]. Cette logique d’amortissement rejoint celle du Jeanbrun, avec une fiscalité relevant des bénéfices industriels et commerciaux plutôt que des revenus fonciers. les règles applicables aux meublés touristiques se sont durcies en 2026, avec des seuils de recettes plus stricts et de nouvelles obligations déclaratives.
Le rapport Daubresse-Cosson, à l’origine de la réforme, recommandait aussi de relever deux plafonds structurants du revenu foncier : porter la limite du déficit foncier imputable à 40 000 € et l’abattement du micro-foncier à 50 %[1]. Ces propositions traduisent une volonté claire d’encourager la rénovation et la location longue durée. Leur application exacte doit être confirmée sur le texte définitif de la loi de finances, ces montants étant issus d’un rapport et non systématiquement d’un article de loi promulgué.
Les erreurs qui ruinent l’avantage fiscal
La première erreur est de rater la fenêtre de calendrier. Le dispositif Jeanbrun ne vise que les acquisitions signées à partir de février 2026 et jusqu’au 31 décembre 2028. Un compromis signé trop tôt ou un acte authentique repoussé au-delà de la borne fait tomber l’éligibilité. La divergence de dates entre les sources (3 février contre 21 février) impose de sécuriser ce point avec le notaire avant tout engagement ferme.
La deuxième erreur consiste à sous-estimer les plafonds de loyers et de ressources. L’amortissement est conditionné au respect de ces plafonds pendant toute la durée d’engagement de neuf ans minimum. Louer au prix du marché libre, plus élevé, disqualifie l’opération et peut entraîner la reprise de l’avantage. Le rendement locatif brut doit donc être calculé sur le loyer plafonné, pas sur le loyer théorique de marché.
La troisième erreur, propre aux non-résidents, est d’ignorer la fiscalité du pays de résidence. La convention fiscale entre la France et le pays d’expatriation détermine où et comment les loyers français sont finalement imposés. Un amortissement qui neutralise l’impôt français ne garantit rien sur le traitement du même revenu à l’étranger. Sans cette vérification croisée, l’optimisation française peut être annulée par une taxation dans le pays de résidence.
Notre analyse : le nouveau régime récompense les patients, pas les pressés
Ce que peu d’articles disent : le dispositif Jeanbrun n’est pas un outil de défiscalisation immédiate, c’est un outil de différé. Il ne fait pas disparaître l’impôt, il le repousse. L’amortissement déduit aujourd’hui minore la base d’aujourd’hui, mais il réduit aussi la valeur nette comptable du bien, ce qui pèsera sur la plus-value taxable le jour de la revente. L’avantage est réel, mais il se déguste sur la durée, pas à la sortie.
Pour un non-résident, la vraie force du régime tient à sa nature de déduction et non de réduction. Échapper au plafonnement des niches fiscales à 10 000 € est un atout considérable pour qui investit gros. Un expatrié qui achète 300 000 € de neuf peut générer un amortissement annuel bien supérieur au plafond des niches, sans jamais buter dessus, là où le Denormandie l’aurait bloqué net. C’est là que se joue la vraie différence entre les deux dispositifs.
Le verdict est nuancé. Le Jeanbrun surpasse le Pinel sur le papier, mais il exige de la discipline : loyers plafonnés, engagement long, sortie fiscalement moins douce. Pour un investisseur étranger qui vise la constitution d’un patrimoine français transmissible et un flux de loyers peu ou pas imposé pendant une décennie, c’est un instrument sérieux. Pour celui qui cherche un coup fiscal rapide, il n’y a plus rien à espérer de ce côté. Le neuf régime récompense les patients.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.
Dispositif Jeanbrun 2026 pour l'immobilier locatif
- Le dispositif Jeanbrun permet d'amortir jusqu'à 80 % du prix d'un bien neuf ou rénové.
- Amortissement : 3,5 % à 5,5 % par an pour le neuf, 3 % à 4 % pour l'ancien rénové.
- Acquisitions éligibles entre février 2026 et le 31 décembre 2028, location 9 ans minimum.
- Le Denormandie plafonne l'investissement à 300 000 € et reste soumis au plafond des niches à 10 000 €.
- Un non-résident conserve l'avantage Denormandie même après un déménagement à l'étranger.
Sources
4 sources · 9 faits vérifiés

