Épargne-pension en perte de vitesse : pourquoi le PER et l’assurance-vie captent l’épargne retraite

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L’épargne-pension traditionnelle perd son aura. Changements législatifs, rendements en berne, avantage fiscal grignoté : les épargnants qui pensent à leur retraite se tournent désormais vers le PER et l’assurance-vie. Deux enveloppes qui jouent une partition bien plus riche que la simple carotte fiscale.

La retraite inquiète. Selon un sondage relayé par Capital, 81 % des Français redoutent l’avenir du système par répartition, et 60 % considèrent la capitalisation comme une alternative crédible. Pourtant, au moment de passer à l’acte, ils sont bien moins nombreux à souscrire un fonds de pension classique. Ce décalage raconte quelque chose : le produit d’épargne retraite historique ne répond plus vraiment aux attentes.

Ce qui frappe, c’est le déplacement du curseur. L’épargnant ne cherche plus seulement à défiscaliser un versement annuel. Il veut de la souplesse, une sortie modulable, une transmission optimisée et un rendement qui tienne la route sur vingt ans. Le PER instauré par la loi PACTE et l’assurance-vie remplissent ce cahier des charges. Avec plus de 2 100 milliards d’euros logés dans les contrats, l’assurance-vie reste le placement préféré des Français. Regardons pourquoi ce basculement a du sens sur le long terme.

Pourquoi l’épargne-pension classique séduit de moins en moins

Le premier reproche tient à la rigidité. Les anciens produits d’épargne retraite verrouillaient le capital jusqu’à la liquidation des droits, avec une sortie souvent imposée en rente. Pour un épargnant de 45 ans qui immobilise son argent, cette absence de porte de sortie devient un frein psychologique. On accepte mal de bloquer pendant vingt ans une somme qu’on ne pourra pas récupérer en cas de coup dur.

Le deuxième reproche est fiscal. L’avantage à l’entrée existe toujours, mais il s’accompagne d’une contrepartie à la sortie souvent mal anticipée. Beaucoup découvrent que la déduction consentie pendant la phase d’épargne se paie au moment de récupérer les fonds. L’illusion du cadeau fiscal se dissipe quand on raisonne sur l’ensemble du cycle de vie du placement, ce qui reste la seule façon sérieuse d’évaluer une enveloppe retraite.

Le troisième facteur est réglementaire. Les anciens produits d’épargne retraite ne sont plus commercialisés depuis le 1er octobre 2020[5]. La loi PACTE du 22 mai 2019 a rebattu les cartes en créant trois nouveaux plans : le PER individuel, le PER d’entreprise collectif et le PER obligatoire[5]. Cette refonte a rendu obsolètes des contrats sur lesquels des millions de Français avaient placé leur confiance. Le message envoyé au marché est clair : l’avenir de l’épargne retraite passe par le PER.

Reste le facteur psychologique. Face à la défiance envers la répartition, l’épargnant cherche de la maîtrise. Or l’épargne-pension à l’ancienne donnait le sentiment de confier son argent sans jamais reprendre la main. Les nouvelles enveloppes, elles, offrent des arbitrages, des rachats et une gestion pilotée qui adaptent le risque au fil du temps.

Le PER, l’héritier flexible de l’épargne retraite

Le plan d’épargne retraite issu de la loi PACTE change la donne sur un point décisif : la souplesse. Il peut inclure des garanties de prévoyance tout en offrant des avantages fiscaux[3]. Cette combinaison en fait un outil particulièrement pertinent pour les travailleurs non salariés, qui cumulent souvent protection sociale lacunaire et fiscalité élevée.

Le mécanisme fiscal reste le cœur de l’attractivité. Afin d’encourager la constitution d’une épargne retraite facultative, un avantage fiscal est accordé sous forme de déduction des cotisations versées[5]. Ces cotisations sont déductibles du revenu global. Les travailleurs indépendants peuvent opter pour la déduction sur leur revenu professionnel (BIC, BNC, BA), ce qui ouvre des marges d’optimisation supplémentaires selon leur régime.

La déclaration commune ajoute un levier souvent ignoré. Les couples mariés ou pacsés soumis à une imposition commune peuvent opter pour la mutualisation de leur plafond de déduction[1]. Concrètement, le conjoint qui n’a pas saturé son propre plafond peut le prêter à l’autre. Pour un foyer où les revenus sont déséquilibrés, cette mutualisation réduit significativement l’impôt sur le revenu.

Les trois plans d’épargne retraite issus de la loi PACTE
Plan Public visé Alimentation
PER individuel (PERIN) Tout épargnant à titre individuel Versements volontaires
PER d’entreprise collectif (PERECO) Salariés Épargne salariale, versements
PER obligatoire (Pero) Salariés d’entreprise concernée Cotisations obligatoires

Source : impots.gouv.fr

Une évolution récente mérite l’attention des parents. Depuis le 1er janvier 2024, la possibilité d’ouvrir un PER individuel aux mineurs est supprimée par la loi de finances pour 2024[5]. Les plans existants détenus par un mineur ne peuvent plus recevoir de nouveaux versements, même s’ils restent débloquables de façon anticipée avant la majorité. Ceux qui voulaient constituer une épargne longue au nom de leurs enfants doivent désormais chercher ailleurs, l’assurance-vie en tête.

Quels leviers pour préparer sa retraite en 2026

Fin des anciens produits
Les produits d'épargne retraite historiques ne sont plus commercialisés depuis octobre 2020, remplacés par les PER de la loi PACTE.
Déduction fiscale du PER
Les cotisations versées sur un PER sont déductibles du revenu global, avec mutualisation possible du plafond entre conjoints.
Transmission optimisée
La clause bénéficiaire de l'assurance-vie et l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire en font un outil de transmission puissant.
Antériorité fiscale
Plus le contrat d'assurance-vie vieillit, plus la fiscalité des rachats s'allège : prendre date tôt protège des réformes futures.
Défiance envers la répartition
81 % des Français s'inquiètent de leur retraite et 60 % jugent la capitalisation crédible, ce qui nourrit l'engouement pour ces enveloppes.

L’assurance-vie, la vraie championne du long terme

Plus de 2 100 milliards d’euros sont désormais logés dans des assurances-vie[2]. Ce chiffre n’a rien d’anecdotique : il traduit une confiance de masse dans une enveloppe qui coche presque toutes les cases. Le placement enchaîne les records de cotisations, avec 6 milliards d’euros supplémentaires collectés sur le seul mois de mars selon Investir. Pendant que l’épargne-pension classique s’essouffle, l’assurance-vie capte le flux.

Sa force tient à sa polyvalence. On y loge un fonds euros pour la sécurité, des unités de compte pour le rendement, voire des SCPI pour diversifier sur l’immobilier. Au-delà du gain immédiat, l’intérêt se joue sur la durée : l’antériorité fiscale du contrat récompense la patience. Plus le contrat vieillit, plus la fiscalité des rachats s’allège, ce qui en fait un outil taillé pour un horizon de placement long.

Là où l’assurance-vie écrase la concurrence, c’est sur la transmission. La clause bénéficiaire constitue un levier stratégique trop souvent sous-estimé[2]. Bien rédigée, elle permet de désigner précisément qui recevra le capital, en dehors des règles classiques de la succession. Avec l’abattement de 152 500 euros par bénéficiaire pour les versements effectués avant 70 ans, l’enveloppe devient un instrument de transmission redoutablement efficace. C’est précisément ce que l’épargne-pension ne savait pas faire.

La comparaison des rendements ne joue pas non plus en faveur de l’ancien modèle. Les performances des mandats de gestion en 2025 ont montré que les profils dynamiques peinent parfois à convaincre selon Investir. Mais la gestion sous mandat reste, selon le conseiller Sébastien Delattre cité par Investir, un choix de confort plus qu’un choix de performance. L’épargnant averti garde donc la main sur ses arbitrages plutôt que de déléguer aveuglément.

Bâtir une stratégie retraite qui tient sur vingt ans

La vraie question n’est pas PER ou assurance-vie, mais comment les combiner. Prenons un cadre de 45 ans, marié, imposé dans la tranche à 30 %[4]. Verser sur un PER lui procure une déduction immédiate proportionnelle à sa tranche marginale. Placer en parallèle sur une assurance-vie lui construit une réserve disponible à tout moment, sans blocage. Les deux enveloppes ne s’opposent pas, elles se complètent.

La logique fiscale mérite d’être poussée. Le PER a d’autant plus d’intérêt que la tranche d’imposition actuelle est élevée et que l’on anticipe une tranche plus basse à la retraite. Pour un épargnant faiblement imposé aujourd’hui, la déduction rapporte peu et l’assurance-vie, sans avantage à l’entrée mais avec une sortie fiscalement douce, devient plus pertinente. Tout se joue sur la trajectoire de revenus sur l’ensemble du cycle de vie.

Le barème de l’impôt a été revalorisé de 0,9 % dans le budget 2026, indexé sur l’inflation[4]. Un foyer dont les revenus n’augmentent pas suivra donc mécaniquement une pression fiscale un peu allégée. Ce détail compte pour calibrer ses versements PER année après année : l’optimisation de la déduction se pilote au regard de sa tranche réelle, pas d’une règle figée.

Pour les jeunes retraités, un point technique change la donne au moment du départ. La prime de départ à la retraite peut être déclarée comme revenu exceptionnel via la case 0XX, ce qui réduit l’impact fiscal grâce au système du quotient[1]. Ajoutez l’abattement de 10 % sur les pensions, toujours d’actualité, et la première déclaration après le départ mérite une attention particulière. Quelques centaines d’euros se gagnent ou se perdent sur ces cases.

Les erreurs qui coûtent cher aux épargnants

La première erreur consiste à souscrire un contrat pour une offre promotionnelle. Investir met en garde : il ne faut pas céder trop facilement aux bonus commerciaux et choisir d’abord un contrat parce qu’il correspond à son profil de risque et à ses attentes. Un bonus de bienvenue ne compense jamais des frais élevés ou une gamme d’unités de compte pauvre sur vingt ans de détention.

La deuxième erreur est de négliger la clause bénéficiaire de l’assurance-vie. Beaucoup laissent la formule standard par défaut sans jamais la relire après un mariage, un divorce ou une naissance. Résultat : le capital peut échoir à la mauvaise personne ou déclencher une fiscalité évitable. Cette clause se révise à chaque étape de la vie familiale, c’est une hygiène patrimoniale de base.

La troisième erreur concerne la liquidité. Un cas relayé par Investir illustre le risque : le retrait partiel de quelques milliers d’euros sur l’assurance-vie d’une épargnante était bloqué depuis trois mois, une réclamation restée sans réponse. La leçon est double. On vérifie la réputation de l’assureur sur la gestion des rachats, et on ne place jamais en assurance-vie une somme dont on pourrait avoir besoin en urgence sans marge de sécurité ailleurs.

Notre analyse : la fin d’un produit, pas de l’épargne retraite

Ce que peu de commentateurs disent, c’est que l’épargne-pension ne disparaît pas : elle mue. Le besoin de préparer sa retraite par capitalisation n’a jamais été aussi fort, porté par une défiance record envers la répartition. Ce qui change, c’est l’outil. Le PER et l’assurance-vie ne sont pas des concurrents de l’épargne-pension, ils en sont la version aboutie, débarrassée de la rigidité qui faisait fuir les épargnants.

Le vrai gagnant est l’épargnant qui raisonne sur son cycle de vie complet plutôt que sur l’avantage fiscal de l’année. Un versement PET déductible n’a de valeur que rapporté à la tranche future. Une assurance-vie ne révèle sa puissance qu’après plusieurs années d’antériorité et via une clause bénéficiaire soignée. Ces deux enveloppes récompensent la vision longue, pas le réflexe court terme.

Reste une inconnue. Comme le rappelle Philippe Crevel, président du Cercle de l’épargne cité par Investir, le sujet des règles de l’assurance-vie est politiquement très sensible. Autrement dit, l’avantage fiscal actuel n’est pas gravé dans le marbre. Raison de plus pour prendre date maintenant : l’antériorité acquise aujourd’hui protège en partie contre les réformes de demain. C’est la logique du placement patrimonial, se positionner tôt et laisser le temps travailler.

Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.

Épargne retraite : PER et assurance-vie face à l'épargne-pension

  • Les anciens produits d'épargne retraite ne sont plus commercialisés depuis le 1er octobre 2020
  • Plus de 2 100 milliards d'euros sont logés dans l'assurance-vie en France
  • 81 % des Français redoutent l'avenir du système de retraite par répartition
  • Abattement de 152 500 € par bénéficiaire en assurance-vie pour les versements avant 70 ans
  • Les couples mariés ou pacsés peuvent mutualiser leur plafond de déduction PER
  • Depuis le 1er janvier 2024, le PER individuel n'est plus ouvrable aux mineurs
Adrien
Adrien
Ingénieur financier et titulaire d’une maîtrise en finance de marché, Adrien Jozac suit le secteur de l’épargne à Patrimoine Magazine depuis 1998.

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