Le deuxième groupe bancaire français et le premier promoteur immobilier s’associent pour relancer la distribution de logements neufs. L’opération répond à une crise du secteur qui dure depuis trois ans et vise une mise en service début 2027.
Groupe BPCE et Nexity ont annoncé le 2 juillet 2026 l’entrée en négociations exclusives pour créer une entreprise commune dédiée à la sélection et à la distribution de logements neufs et réhabilités. La structure regroupera BPCE Solutions immobilières côté banque, et iSelection ainsi que Perl côté Nexity. L’objectif affiché : structurer la chaîne de commercialisation pour accélérer l’écoulement des programmes immobiliers, dans un contexte où les ventes neuves se sont effondrées de plus de 40 % entre 2022 et 2024.
Le timing de l’opération n’a rien d’anodin. La construction neuve française a enregistré environ 300 000 mises en chantier en 2024, contre 470 000 en 2021. Les promoteurs cumulent les stocks invendus, les banques voient les volumes de crédits immobiliers stagner, et le gouvernement vient de déposer un projet de loi Relance logement visant 400 000 logements neufs par an. Ce partenariat BPCE Nexity s’inscrit directement dans cette tentative de redémarrage.
Une coentreprise pour court-circuiter les blocages de commercialisation
La nouvelle structure aura pour mission de proposer aux promoteurs immobiliers des solutions multiples de commercialisation et d’acquisition, avec un accompagnement dès la phase de recherche jusqu’à la signature de l’acte authentique. Concrètement, cela signifie que BPCE et Nexity mettent en commun leurs forces de vente spécialisées, leurs fichiers clients et leur capacité à financer les acquéreurs.
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Côté BPCE, le dispositif s’appuie sur un réseau bancaire qui représente 25 % des crédits immobiliers distribués en France. Le groupe a racheté en mars 2026 la plateforme ÊtreProprio, plutôt orientée vers l’ancien, et veut désormais compléter son offre par un maillage sur le neuf via les équipes de Nexity. Côté Nexity, iSelection et Perl apportent environ 200 conseillers en immobilier spécialisés dans la vente de programmes neufs. Leur intégration dans une structure commune avec la banque vise à réduire le délai entre la mise sur le marché d’un programme et la signature des ventes en l’état futur d’achèvement.
Dans les faits, le promoteur gagne un accès direct au financement bancaire des acquéreurs, et la banque sécurise des volumes de crédits sur une clientèle préqualifiée. Cette logique de circuit court n’est pas nouvelle dans l’immobilier neuf, elle existait déjà via des accords ponctuels entre promoteurs et établissements bancaires, mais rarement formalisée dans une structure capitalistique commune.
Un modèle qui répond à la crise du Pinel et de l’investissement locatif
Le marché du neuf a subi trois chocs successifs entre 2023 et 2025. D’abord, la hausse des taux d’intérêt : le taux moyen sur 20 ans est passé de 1,1 % début 2022 à environ 3,5 % en 2025, ce qui a réduit la capacité d’emprunt des ménages de 20 à 25 % à revenus constants. Ensuite, l’inflation des coûts de construction : matériaux, normes thermiques RE2020, main d’Å“uvre. Résultat, les prix de vente au m² ont augmenté alors que la demande solvable diminuait.
Mais c’est la fin du dispositif Pinel en 2025 qui a porté le coup le plus dur. Ce régime de défiscalisation représentait jusqu’à 40 % des ventes neuves dans certaines métropoles. Sa suppression brutale, sans dispositif de remplacement immédiat, a laissé les promoteurs avec des programmes entiers sur les bras. Le projet de loi Relance logement, présenté en 2026, prévoit une nouvelle incitation fiscale pour l’investissement locatif, mais les décrets d’application ne sont pas encore publiés au 3 juillet 2026.
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Dans ce contexte, la coentreprise BPCE Nexity joue sur deux leviers. D’une part, elle cible les primo-accédants qui achètent pour habiter, un segment moins affecté par la fin du Pinel mais freiné par les conditions de crédit. D’autre part, elle prépare le terrain pour capter les investisseurs dès que le nouveau dispositif fiscal sera opérationnel, en structurant dès maintenant une offre packagée : logement + financement + gestion locative post-livraison.
Nexity sous pression : cession d’actifs et désendettement accéléré
Pour Nexity, ce partenariat s’inscrit dans une stratégie de recentrage et de désendettement. Le groupe a cédé ses activités d’administration de biens à Bridgepoint en 2024, pour un montant qui a permis de réduire sa dette nette. La direction maintient toutefois un partenariat stratégique de six ans avec Bridgepoint, prolongeable de quatre ans, pour conserver les synergies entre promotion et services immobiliers. Plus de 80 % des programmes neufs Nexity désignent encore le syndic ex-Nexity comme syndic provisoire.
La PDG Véronique Bédague a déclaré que l’accès au logement neuf passe aussi par une distribution efficace et mieux structurée. Traduction : Nexity a besoin de liquider ses stocks plus vite, et la banque offre le canal de distribution et de financement qu’il faut pour y arriver. Le titre Nexity cotait 7,955 € le 2 juillet 2026, en hausse de 0,20 % sur la séance, soit une capitalisation boursière de 447 millions d’euros. Le groupe affiche un recul de 12 % de son chiffre d’affaires au premier trimestre 2026, avec 518 millions d’euros de revenus. Malgré cela, la direction confirme ses objectifs 2026, ce qui suppose que l’amélioration doit venir du second semestre, en partie grâce à ce type de partenariat.
Dans son rapport annuel intégré 2023, Nexity avait annoncé un partenariat avec Carrefour pour revaloriser 76 sites du parc immobilier de l’enseigne de distribution, avec 800 000 m² de foncier réhabilité et 12 000 logements créés. Ce dossier illustre la volonté de Nexity de diversifier ses leviers de production de logements, au-delà de la seule promotion classique en sortie de terre.
Vision 2030 de BPCE : devenir leader sur l’accès au logement en France
Pour BPCE, cette opération s’inscrit dans le plan stratégique Vision 2030, qui place le logement au cÅ“ur de l’ambition du groupe. Trois objectifs structurants : permettre la construction de davantage de logements, faciliter l’accès à la propriété, et accompagner la rénovation énergétique du parc existant. En 2026, BPCE a déjà mobilisé ses filiales spécialisées : la Socfin, depuis plus de 30 ans, finance les professionnels de l’immobilier, et le groupe vient de racheter ÊtreProprio pour couvrir le segment de l’ancien.
La création de cette coentreprise avec Nexity vient combler le chaînon manquant : une offre intégrée sur le neuf, portée par des conseillers spécialisés et adossée à la puissance de feu bancaire. BPCE revendique un quart des crédits immobiliers en France, ce qui représente environ 200 000 dossiers de prêts immobiliers par an. Avec les équipes de Nexity, le groupe peut désormais sourcer directement une partie de cette production de crédits en amont, dès la phase de prospection client.
Sur le terrain, cela se traduira par un accompagnement du client depuis la recherche du bien jusqu’à la remise des clés, avec un interlocuteur unique pour le volet immobilier et le volet financement. Ce modèle existe déjà chez certains promoteurs régionaux qui ont leur propre courtier interne, mais il n’avait jamais été déployé à cette échelle par un acteur national couplé à un grand groupe bancaire.
Calendrier et prochaines étapes : opérationnel début 2027
Les deux groupes sont entrés en négociations exclusives début juillet 2026. La finalisation de l’accord, sous réserve des autorisations réglementaires et de consultation des instances représentatives du personnel, est attendue pour le quatrième trimestre 2026. La structure devrait être opérationnelle début 2027, soit au moment où le nouveau dispositif fiscal d’incitation à l’investissement locatif devrait entrer en vigueur, si le projet de loi Relance logement suit son calendrier.
Le montage capitalistique et la répartition du capital entre BPCE et Nexity n’ont pas été communiqués dans les annonces du 2 juillet. On ignore également le périmètre de chiffre d’affaires cible, ni l’objectif de nombre de logements commercialisés par an. Ces éléments seront sans doute précisés lors de la signature définitive.
D’un point de vue opérationnel, la principale difficulté sera d’intégrer des équipes issues de cultures professionnelles différentes : le réseau bancaire BPCE, habitué à vendre du crédit, et les commerciaux de Nexity, habitués à vendre des mètres carrés. La réussite du modèle dépendra de la qualité de cette intégration et de la capacité à générer un volume de transactions suffisant pour couvrir les coûts de structure. Sur un marché du neuf à l’arrêt, le pari reste risqué, mais il répond à une logique industrielle claire : mutualiser les coûts de distribution et accélérer la rotation des stocks.
Pour les autres acteurs du marché, promoteurs régionaux et courtiers indépendants, ce partenariat peut créer un précédent. D’autres alliances banque-promoteur pourraient voir le jour si le modèle BPCE Nexity démontre son efficacité. À court terme, cela risque de renforcer la concentration du secteur, avec un avantage compétitif net pour les acteurs intégrés verticalement.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.
