Le fonds euros de l’assurance-vie domine à nouveau le paysage de l’épargne sans risque en septembre 2026, avec un rendement moyen de 2,65 %. Livret A et LEP plafonnent à 2,5 %, le PEL à 2 %. Derrière ces chiffres se cache une question plus vaste : celle de votre stratégie sur dix, quinze ou vingt ans.
Chaque mois, MoneyVox dresse la carte de l’épargne « sans risque », ces placements où votre capital ne varie pas. En septembre 2026, le classement bouscule une idée reçue tenace : le fonds en euros de l’assurance-vie, longtemps donné pour mort, repasse en tête. Il devance désormais le Livret A et rivalise avec le LEP, pourtant réputé imbattable pour ceux qui y ont droit.
Ce reclassement n’est pas anecdotique. Il change la hiérarchie des réflexes patrimoniaux. Placer 10 000 euros sur un livret réglementé ou les orienter vers un contrat d’assurance-vie n’a pas les mêmes conséquences, ni sur le rendement immédiat, ni surtout sur ce qui se joue à long terme : la fiscalité des retraits et la transmission. Au-delà du taux affiché ce mois-ci, c’est la logique d’ensemble qu’il faut regarder.
Le baromètre de septembre 2026, taux par taux
Le Livret A rapporte 2,5 % net d’impôt en septembre 2026, après une légère remontée estivale. Le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) affiche exactement le même taux, tout comme sa cousine réglementée. Ces produits partagent une qualité rare : leurs intérêts échappent totalement à l’impôt et aux prélèvements sociaux.
Le Livret d’épargne populaire (LEP) tient lui aussi à 2,5 %[2], également défiscalisé. Réservé aux ménages sous conditions de ressources, il reste l’un des meilleurs rapports de l’épargne garantie. Mais son plafond limité et l’obligation de justifier ses revenus en font un outil de trésorerie, pas un pilier de constitution de capital sur le long terme.
Le fonds en euros de l’assurance-vie a servi 2,65 % en moyenne au titre de 2025, selon l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, une moyenne ramenée à 2,6 % selon l’estimation de France Assureurs[3]. Certains contrats font bien mieux : autour de 3,15 % à la MACSF, 3,05 % à la Maif, 3,5 % chez Garance, jusqu’à 3,75 % chez Ampli Mutuelle. Ces rendements dépassent nettement les livrets réglementés, mais restent soumis à fiscalité au moment des retraits.
| Placement | Taux brut | Fiscalité |
|---|---|---|
| Assurance-vie (fonds euros, moyenne 2025) | 2,65 % | Imposable au retrait |
| Livret A | 2,5 % | Défiscalisé |
| LEP | 2,5 % | Défiscalisé |
| Comptes à terme (plus de 2 ans, souscrits en décembre) | 2,48 % | Flat tax 31,4 % |
| PEL (nouveaux plans depuis le 1er janvier 2026) | 2 % | Flat tax 30 % |
| Super-livrets (taux de base moyen) | 1,63 % | Flat tax 31,4 % |
Source : MoneyVox · MoneyVox / ACPR
Le piège des taux bruts et de la fiscalité invisible
Comparer 2,65 % et 2,5 % sans regarder la fiscalité mène droit à l’erreur. Le Livret A et le LEP délivrent leur taux net, dans la poche. L’assurance-vie affiche un rendement brut, avant prélèvements sociaux et avant impôt sur les gains lors d’un rachat. Le vrai écart dépend donc de la durée de détention et de votre situation.
Les livrets bancaires ordinaires illustrent ce piège à l’envers. Selon la Banque de France, ils rapportent en moyenne 0,75 % brut, et le taux moyen des grandes banques est encore plus bas. Les fameux super-livrets affichent un taux de base moyen de 1,63 % brut en septembre 2026[1]. Les rendements bonifiés, qui grimpent jusqu’à 5,25 % avant impôts chez Revolut, ne valent que quelques mois, 120 jours précisément, avant de retomber à 2,25 %. Tous ces livrets classiques subissent la flat tax, passée à 31,4 % en 2026.
Le PEL des nouveaux plans souffre du même défaut. Son 2 % brut est soumis à la flat tax de 30 %, l’épargne logement restant exonérée de la hausse de la CSG. Après prélèvements, il ne reste que 1,4 % net. Un PEL ouvert il y a plusieurs années à 2,5 % conserve son taux d’origine : la baisse ne touche que les ouvertures récentes.
Les comptes à terme de plus de deux ans ressortent à 2,40 % brut en moyenne selon la Banque de France, 2,48 % pour les nouveaux contrats souscrits en décembre. Après flat tax, l’attrait fond. Le brut ne dit rien tant qu’on ne l’a pas passé au tamis de l’impôt.
Ce que ces taux changent pour votre stratégie
Pourquoi l’assurance-vie gagne sur la durée
Le fonds euros bat les livrets en rendement brut, mais son vrai avantage se joue ailleurs. Passé huit ans de détention, l’assurance-vie offre un cadre fiscal privilégié sur les rachats, avec un abattement annuel sur les gains. Cette antériorité fiscale ne se rattrape pas : plus tôt le contrat est ouvert, plus tôt le compteur des huit ans tourne. Ouvrir un contrat même avec un versement modeste, pour prendre date, relève du bon sens patrimonial.
La transmission constitue l’autre atout décisif. L’assurance-vie permet, via la clause bénéficiaire, de transmettre un capital hors succession dans des limites propres à ce dispositif, avec un abattement de 152 500 euros par bénéficiaire pour les versements effectués avant 70 ans. Aucun livret réglementé n’offre cet outil. Un Livret A se fond dans l’actif successoral et suit le barème classique des droits de succession.
Prenons un exemple générique. Un épargnant de 55 ans qui place 50 000 euros sur un fonds euros à 2,65 % ne cherche pas seulement le rendement du mois. Il construit une enveloppe qu’il pourra faire fructifier, arbitrer vers des unités de compte s’il accepte plus de risque, puis transmettre dans un cadre fiscal favorable. Le Livret A, lui, reste un réservoir de liquidités : utile, mais borné par son plafond et dépourvu de dimension successorale.
La comparaison la plus honnête n’oppose donc pas 2,65 % à 2,5 % sur un mois donné. Elle oppose deux fonctions. Le livret sécurise l’épargne de précaution, disponible à tout moment. L’assurance-vie porte le projet de long terme : capital retraite complémentaire, transmission organisée, arbitrages selon l’âge et l’appétit au risque.
Construire une allocation cohérente selon votre horizon
La règle de bon sens commence par l’épargne de précaution. Trois à six mois de dépenses courantes doivent rester sur un Livret A ou un LEP, immédiatement disponibles et défiscalisés. Ceux qui remplissent les conditions de ressources du LEP ont tort de s’en priver : c’est le meilleur rendement garanti pour cette poche de sécurité.
Au-delà de ce matelas, l’argent dont vous n’avez pas besoin avant plusieurs années gagne à rejoindre l’assurance-vie. Le fonds euros y sécurise le capital tout en battant les livrets bruts. Les unités de compte, elles, visent un rendement supérieur au prix d’un risque de perte en capital, dans une logique de gestion pilotée ou libre selon votre profil. L’arbitrage entre les deux se règle selon l’horizon : plus il est lointain, plus la part d’unités de compte peut monter.
La retraite mérite une réflexion à part. Le Plan d’épargne retraite (PER) permet de déduire les versements du revenu imposable, un levier puissant pour les contribuables fortement fiscalisés. En contrepartie, l’épargne reste bloquée jusqu’à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé. L’assurance-vie garde l’avantage de la disponibilité. Les deux enveloppes se complètent plus qu’elles ne s’opposent.
Un mot sur les super-livrets et leurs taux boostés. Ces offres promotionnelles séduisent par des chiffres à cinq pour cent, mais l’effet s’éteint après quelques mois et le taux de base retombe. Pour une trésorerie ponctuelle, elles peuvent avoir un intérêt. Comme socle d’une stratégie durable, elles n’ont pas leur place.
Les erreurs qui coûtent cher
La première erreur consiste à tout laisser dormir sur le Livret A une fois le plafond de l’épargne de précaution atteint. À 2,5 % net, ce placement protège du besoin immédiat mais n’organise ni la retraite ni la transmission. L’excédent gagne à travailler dans une enveloppe pensée pour le long terme.
La deuxième erreur est de repousser l’ouverture d’une assurance-vie « parce que les taux sont bas ». L’antériorité fiscale des huit ans se construit dès le premier euro versé. Attendre le bon moment fait perdre du temps fiscal qui ne se rattrape jamais. Un contrat ouvert aujourd’hui avec un versement symbolique vaut mieux qu’un contrat parfait ouvert dans cinq ans.
La troisième erreur touche la clause bénéficiaire, souvent rédigée à la va-vite puis oubliée. Une clause mal formulée ou jamais mise à jour après un divorce, une naissance ou un décès peut faire échouer toute la stratégie de transmission. Ce document se relit régulièrement, comme un testament.
Notre analyse
Le vrai enseignement de ce baromètre n’est pas que l’assurance-vie « bat » le Livret A de 0,15 point. C’est que la comparaison de taux bruts, sur laquelle se focalisent la plupart des épargnants, masque l’essentiel. Un placement se juge sur trois dimensions : le rendement net après impôt, la disponibilité et le traitement successoral. Sur ces trois axes, aucun produit ne domine partout, ce qui condamne l’idée d’un placement unique et miracle.
L’inflation reste le juge de paix. Tant que le rendement net dépasse la hausse des prix, votre capital conserve sa valeur. Un fonds euros à 2,65 % brut ou un LEP à 2,5 % net résistent bien dans l’environnement actuel. Un livret ordinaire à 0,75 % brut, lui, appauvrit son détenteur année après année. Le choix n’est pas entre risque et sécurité, mais entre placements qui protègent le pouvoir d’achat et placements qui le rognent.
La bonne stratégie ne se résume à aucune ligne du baromètre. Elle empile les enveloppes selon leur fonction : livret pour la liquidité, LEP pour ceux qui y ont droit, assurance-vie pour le long terme et la transmission, PER pour la retraite des contribuables lourdement imposés. Le taux du mois change ; la logique d’allocation, elle, tient sur des décennies.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.
Épargne sans risque en septembre 2026 : l'essentiel
- Assurance-vie (fonds euros) : 2,65 % de rendement moyen 2025
- Livret A et LEP : 2,5 % net d'impôt en septembre 2026
- PEL nouveaux plans : 2 % brut, soit 1,4 % net après flat tax 30 %
- Super-livrets : taux de base moyen de 1,63 % brut
- Flat tax portée à 31,4 % en 2026 sur les livrets ordinaires
- Abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour l'assurance-vie (versements avant 70 ans)
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés