En 2025, l’assurance-vie française a collecté environ 50 milliards d’euros nets. Mais le chiffre qui change tout se cache ailleurs : sur 52,5 milliards placés en plus, 43 sont partis vers les unités de compte. Le fonds euros, roi incontesté depuis quarante ans, cède du terrain. Et ce basculement redessine la façon dont les épargnants préparent leur retraite et leur transmission.
Pendant des décennies, l’assurance-vie a vécu sur un équilibre simple. L’épargnant versait, le fonds euros garantissait le capital, l’assureur distribuait un rendement correct. Ce modèle est en train de se fissurer. Les derniers chiffres montrent une bascule nette vers les unités de compte, ces supports investis en actions, en immobilier ou en obligations qui n’offrent aucune garantie en capital mais promettent davantage sur la durée.
Pourquoi maintenant ? Parce que le fonds euros a retrouvé des couleurs sans pour autant redevenir le placement miracle d’antan, et parce que les assureurs poussent ouvertement vers les UC. Au-delà du gain immédiat, cette tendance pose une question de fond : accepter davantage de risque aujourd’hui pour viser un capital supérieur à l’horizon de la retraite, ou de la transmission. C’est exactement là que se joue l’intérêt réel de l’enveloppe.
Ce que disent vraiment les chiffres de 2025
Commençons par le socle. L’encours total de l’assurance-vie s’élevait à 1 975 milliards d’euros à fin octobre 2024, confirmant son statut de premier placement financier des Français. Une masse colossale, bâtie sur la confiance accumulée depuis les années 1980. Mais une masse dont la composition évolue sous nos yeux.
Pour 2025, l’économiste Philippe Crevel anticipait une collecte autour de 50 milliards d’euros[2]. Ce montant net cache une réalité plus parlante : sur 52,5 milliards placés en plus, 43 milliards ont filé vers les unités de compte. Autrement dit, la quasi-totalité de l’argent frais investi par les épargnants n’est plus allé vers le fonds euros garanti, mais vers des supports exposés aux marchés.
Ce n’est pas un détail. C’est un renversement de culture. L’épargnant français, réputé frileux, accepte désormais une part de risque qu’il refusait massivement il y a dix ans. Plusieurs facteurs l’expliquent : la lassitude face à des rendements de fonds euros longtemps érodés par l’inflation, la pression commerciale des réseaux, et une génération d’épargnants mieux informée sur le rapport rendement-risque sur le long terme.
Le mouvement se confirme début 2026. Selon France Assureur, les cotisations ont atteint un niveau record de 19,5 milliards d’euros[5], en progression de 16 % par rapport à février 2025[4]. L’assurance-vie bat des records, mais ce sont les UC qui tirent la machine.
Fonds euros : pourquoi la flambée des taux fait de votre assurance-vie le grand gagnant de 2026
| Indicateur | Valeur | Période |
|---|---|---|
| Encours total | 1 975 milliards € | Fin octobre 2024 |
| Collecte nette anticipée | ~50 milliards € | 2025 |
| Part placée en unités de compte | 43 sur 52,5 milliards € | 2025 |
| Cotisations record | 19,5 milliards € | Février 2026 |
Source : Boursorama · Les Echos Investir · Boursorama
Fonds euros ou unités de compte : le vrai débat
Le fonds euros n’est pas mort, loin de là. Sa grande force reste intacte : le capital est garanti, et les intérêts acquis le sont définitivement grâce à l’effet cliquet. Pour un épargnant qui veut dormir tranquille, c’est irremplaçable. Et son rendement a cessé de s’effriter.
Les chiffres de rendement rééquilibrent la comparaison. En tablant sur un rendement moyen de 2,65 % pour les fonds euros, l’assurance-vie redevient compétitive face au Livret A[3], dont le taux moyen 2024 s’est établi à 2,16 %. Les épargnants l’ont bien compris : ils ont massivement investi sur leur assurance-vie tout en retirant de l’argent de leur Livret A. Le fonds euros à 2,65 % brut de fiscalité mais net de frais de gestion reprend des couleurs face au livret préféré des Français.
Mais attention au piège de la comparaison brute. Les unités de compte ne jouent pas dans la même catégorie. Elles n’offrent aucune garantie : une partie de l’argent est placée sur des produits liés à la bourse, et cette partie peut faire l’objet de pertes. En échange de ce risque, elles visent un rendement potentiellement bien supérieur sur un horizon long. Tout l’art consiste à doser.
Deux grandes familles de contrats coexistent. Les monosupports, intégralement en fonds euros, où l’argent est totalement garanti. Et les multisupports, de plus en plus répandus, souvent présentés comme des contrats boostés : une partie en fonds euros garanti, une autre en UC exposée aux marchés. Quand vous prospectez un contrat, la première question à poser est donc simple : combien de fonds euros, combien d’UC, et ai-je la main sur cette répartition ?
Fonds euros ou UC : les enjeux pour votre épargne
Ce que ce basculement change pour votre stratégie patrimoniale
La vraie question n’est pas fonds euros contre UC. C’est votre horizon de placement. Un épargnant de 35 ans qui prépare sa retraite dans trente ans n’a aucun intérêt à immobiliser 100 % de son capital sur un fonds euros à 2,65 %. Le temps long absorbe la volatilité des marchés et transforme le risque apparent des UC en moteur de performance. À l’inverse, à cinq ans d’une échéance connue, sécuriser en fonds euros relève du bon sens.
Prenons un exemple concret et anonymisé. Un cadre de 45 ans verse 300 € par mois sur son contrat multisupport. S’il place 70 % en UC diversifiées et 30 % en fonds euros, il accepte des années de baisse en échange d’un potentiel de croissance supérieur jusqu’à ses 65 ans. À l’approche de la retraite, il pourra sécuriser progressivement en basculant vers le fonds euros. C’est la logique de la gestion pilotée, qui désensibilise automatiquement le contrat à mesure que l’échéance approche.
Le choix du contrat devient décisif. Les frais mangent la performance année après année, surtout sur les UC. Un contrat avec 3 % de frais sur versement et 1 % de frais de gestion annuels n’a plus sa place face aux offres en ligne à frais réduits. L’UFC-Que Choisir recense plus de 180 contrats, soit 80 % du marché, et son comparateur demande d’abord votre profil (sans risque, équilibré ou dynamique) avant de proposer des contrats adaptés. Le comparateur de Moneyvox permet lui aussi de vérifier la composition exacte d’un contrat.
Au-delà du gain immédiat, l’intérêt majeur de l’assurance-vie se joue à la transmission. L’enveloppe permet de transmettre hors succession dans certaines limites, avec un abattement spécifique par bénéficiaire pour les versements effectués avant 70 ans. La clause bénéficiaire, trop souvent rédigée à la va-vite, est l’outil le plus puissant et le plus négligé de toute la stratégie. C’est elle qui décide qui touche quoi, et dans quelles conditions fiscales.
Les erreurs qui coûtent cher
Première erreur : confondre support et enveloppe. L’assurance-vie n’est pas un placement, c’est un contenant fiscal. À l’intérieur, vous choisissez fonds euros ou UC. Croire qu’une assurance-vie est forcément sans risque parce qu’on a toujours eu un fonds euros, c’est ignorer que 43 des 52,5 milliards placés en 2025 sont partis en UC, donc sur des supports qui peuvent perdre.
Deuxième erreur : souscrire un contrat multisupport sans vérifier la part réellement garantie. Certains contrats boostés affichent des rendements attractifs justement parce qu’ils imposent une dose minimale d’UC. Si votre profil est prudent, vous risquez de vous retrouver exposé à des pertes que vous ne souhaitiez pas. Lisez la répartition avant de signer, pas après la première baisse.
Troisième erreur : négliger l’antériorité fiscale et la clause bénéficiaire. Fermer un vieux contrat pour en ouvrir un neuf, c’est perdre des années d’antériorité précieuses pour la fiscalité des rachats. Et laisser une clause bénéficiaire obsolète, c’est risquer de transmettre à la mauvaise personne ou de faire exploser la facture fiscale de ses héritiers. Ces deux points se vérifient en quelques minutes et se corrigent sans frais.
Notre analyse
Ce que peu de commentateurs disent, c’est que le basculement vers les UC n’est pas qu’un choix d’épargnants éclairés. C’est aussi une stratégie assumée des assureurs. Les UC leur rapportent davantage et leur transfèrent le risque, puisque c’est l’épargnant qui supporte les pertes éventuelles. Quand 43 milliards sur 52,5 filent en UC, une partie de ce mouvement vient d’une orientation commerciale, pas seulement d’une demande spontanée.
Cela ne veut pas dire que les UC sont un piège. Sur un horizon long, elles restent le bon choix pour faire fructifier un capital. Mais l’épargnant doit garder la main. Refuser une allocation imposée, exiger de connaître la part garantie, comparer les frais, ajuster la répartition à son âge et à son horizon : voilà la vraie liberté. Le record de collecte de début 2026, à 19,5 milliards en février, prouve que l’assurance-vie reste incontournable. Encore faut-il l’utiliser en pilote, pas en passager.
La leçon de 2025 tient en une phrase. L’assurance-vie n’est plus un placement dormant à fonds euros, c’est un outil d’allocation à piloter dans la durée, enveloppe de constitution de capital pour la retraite et vecteur de transmission optimisée. Celui qui comprend cela transforme une habitude d’épargne en véritable stratégie patrimoniale.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.
Assurance-vie 2025 : le basculement vers les unités de compte
- Encours total de l'assurance-vie : 1 975 milliards € fin octobre 2024
- Collecte nette anticipée pour 2025 : environ 50 milliards €
- Sur 52,5 milliards placés en plus en 2025, 43 sont partis en unités de compte
- Rendement moyen des fonds euros estimé autour de 2,65 % face à 2,16 % pour le Livret A en 2024
- Cotisations record de 19,5 milliards € en février 2026, en hausse de 16 % sur un an
- Les UC n'offrent aucune garantie en capital, contrairement au fonds euros
Sources
4 sources · 4 faits vérifiés