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Assurance-vie : 19,5 milliards de cotisations en fevrier, un record qui dit tout du Livret A

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Février 2026 marque un tournant : l’assurance-vie capte 19,5 milliards d’euros en un mois, 2,7 milliards de plus qu’un an plus tôt. Cette ruée révèle un basculement massif de l’épargne réglementée vers les supports d’investissement.

L’encours global franchit désormais les 2 107 milliards d’euros, soit plus du double de la dette publique française. Cette somme colossale se répartit entre 68 % de fonds en euros garantis et 32 % d’unités de compte, selon les données de France Assureurs publiées fin mars 2026. Un chiffre qui clôt deux années consécutives de croissance à deux chiffres : les cotisations ont augmenté de 16 % sur les douze derniers mois.

Derrière ce record se cache une mécanique simple. Le Livret A rémunère 2,4 % net, sans risque mais sans perspective. Les fonds euros d’assurance-vie affichent désormais des rendements moyens supérieurs à 3 %, parfois 3,5 % chez certains assureurs en ligne. Ajoutez à cela la fiscalité avantageuse après huit ans et l’absence de plafond de versement, et vous obtenez un arbitrage qui devient évident pour quiconque possède plus de 50 000 euros d’épargne liquide. Paul Esmein, directeur général de France Assureurs, le formule sans détour : l’assurance-vie s’affirme comme le placement de référence dès que l’horizon dépasse trois ans.

La fin d’un dogme : l’épargne réglementée en décollecte

Sur les onze premiers mois de 2025, le Livret A et le LDDS ont subi une décollecte nette de 1,5 milliard d’euros. Le PEL, lui, perd 23,4 milliards. Les comptes à terme, pourtant rémunérés à des taux proches de 3,5 % il y a un an, accusent une sortie nette de 11 milliards. Ces chiffres, publiés par la Banque de France, témoignent d’une désaffection brutale pour les produits à capital garanti dès lors que leur rendement réel devient négatif ou anémique.

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Pendant ce temps, l’assurance-vie enregistre une collecte nette de 49,4 milliards d’euros sur la même période. Les épargnants ne se contentent pas de verser l’argent frais : ils transfèrent. Ils vident leurs PEL ouverts en 2015, rachètent partiellement leurs comptes à terme arrivés à échéance, et réallouent vers des contrats multisupports. Cette dynamique s’accélère depuis janvier 2026, avec des flux mensuels qui dépassent systématiquement les 18 milliards.

Le phénomène touche toutes les tranches d’âge, mais particulièrement les 45-65 ans qui disposent d’une épargne constituée et cherchent à préparer la retraite sans subir l’érosion monétaire. Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne, rappelle cependant un risque : en cas de crise géopolitique majeure, le réflexe sécuritaire pourrait ramener une partie des flux vers le Livret A. La guerre en Iran, bien que localisée pour l’instant, reste un point de vigilance pour le second semestre 2026.

Flux nets sur les principaux placements financiers (11 premiers mois 2025, en milliards d’euros)
Placement Collecte nette (Mds €) Évolution
Assurance-vie +49,4 Forte hausse
Livrets bancaires +11,3 Stable
Livret A + LDDS -1,5 Décollecte
PEL -23,4 Forte décollecte
Comptes à terme -11,0 Décollecte

Source : MoneyVox (données Banque de France)

Le retour inattendu du fonds euros

Image : Freepik

Pendant cinq ans, le fonds euros était donné pour mort. Rendements atones, allocation obligataire sous pression, migration forcée vers les unités de compte : tous les conseillers bancaires répétaient la même antienne. Or, pour la première fois depuis 2020, la collecte nette sur les fonds euros redevient positive en 2025 : 8,1 milliards d’euros. Un chiffre modeste comparé aux 42,5 milliards captés par les unités de compte, mais symboliquement puissant.

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Plusieurs facteurs expliquent ce retournement. D’abord, la remontée des taux souverains français entre 2023 et début 2025 a permis aux assureurs de reconstituer des portefeuilles obligataires plus rémunérateurs. Ensuite, la volatilité des marchés actions au second semestre 2025 a incité une partie des épargnants à sécuriser leurs gains. Enfin, certains assureurs ont lancé des offres promotionnelles agressives : bonus de bienvenue, taux boostés la première année, garantie plancher à 3 % pour les versements avant le 31 mars 2026.

Résultat : le fonds euros retrouve sa fonction d’origine, celle d’une poche de sécurité rémunérée au sein d’un contrat multisupports. Les profils prudents y logent désormais 60 à 70 % de leur allocation, laissant 30 à 40 % sur des supports dynamiques (actions, immobilier, dette privée). Cette répartition permet de viser un rendement global de 4 à 5 % sur trois ans, avec un risque maîtrisé.

À titre de comparaison, un Livret A à 2,4 % sur trois ans rapporte 7,32 % bruts cumulés (hors effet de l’inflation). Un contrat d’assurance-vie avec 70 % en fonds euros à 3,2 % et 30 % en unités de compte progressant de 6 % annuels délivre 11,8 % bruts cumulés sur la même période. L’écart, net de fiscalité après huit ans, dépasse facilement 3 points. Sur un capital de 100 000 euros, cela représente 3 000 euros d’intérêts supplémentaires.

Unités de compte : les flux s’orientent vers le non coté

Les 42,5 milliards de collecte nette sur les unités de compte en 2025 ne se répartissent pas uniformément. Les fonds actions cotées captent environ 45 % des flux, les fonds immobiliers (SCPI, OPCI) 30 %, et une catégorie émergente capte désormais 25 % : le non coté. Selon une étude publiée en mai 2026, les encours investis dans les sociétés non cotées via l’assurance-vie atteignent 11,8 milliards d’euros fin 2025, sur un total de 14,5 milliards toutes enveloppes confondues.

Le non coté regroupe trois sous-classes : le capital-investissement (private equity), la dette privée (prêts aux entreprises hors système bancaire), et les infrastructures (énergies renouvelables, réseaux de transport). Ces supports affichent des performances cibles de 7 à 10 % par an, avec une liquidité réduite (rachats possibles tous les trimestres ou semestres seulement). Ils séduisent les investisseurs disposant d’un horizon de placement long et d’une épargne déjà diversifiée.

L’assurance-vie devient ainsi le véhicule privilégié pour accéder à ces actifs. Contrairement au PEA ou au compte-titres, elle permet de loger des fonds de dette privée ou des FCPR sans subir la fiscalité annuelle des dividendes et plus-values. Les gains restent capitalisés dans le contrat, et ne sont imposés qu’au moment du rachat, selon le régime avantageux de l’assurance-vie (abattement de 4 600 euros pour une personne seule après huit ans, puis prélèvement forfaitaire de 7,5 % sur les intérêts au-delà).

Cette tendance soulève néanmoins des questions prudentielles. La dette privée, en particulier, inquiète les régulateurs américains depuis 2025. En Europe, l’Autorité européenne des assurances (EIOPA) surveille de près l’exposition des assureurs à ces actifs moins liquides. Pour l’instant, la part du non coté dans les encours globaux d’assurance-vie reste marginale (0,56 % du total), mais sa croissance de 30 % par an depuis 2023 impose une vigilance accrue.

Ce que change la fiscalité 2026 : rien de nouveau, mais tout à vérifier

Image : Freepik

Aucune réforme fiscale majeure n’a touché l’assurance-vie en 2026. Le régime reste celui instauré en 2017 et durci en 2018 : pour les versements effectués après le 27 septembre 2017, les intérêts générés au-delà de 150 000 euros (300 000 euros pour un couple) subissent un prélèvement forfaitaire unique de 12,8 % au lieu de 7,5 %, auxquels s’ajoutent les prélèvements sociaux de 17,2 %. En deçà de ce seuil, ou après huit ans de détention, l’assurance-vie conserve son avantage fiscal écrasant.

Un point de friction apparaît cependant pour les contrats ouverts avant cette date. De nombreux épargnants possèdent des contrats anciens, alimentés régulièrement depuis 2010 ou 2015, sur lesquels ils continuent de verser. Ces versements antérieurs à septembre 2017 bénéficient de l’ancien régime, avec une taxation à 7,5 % quel que soit le montant. Or, rares sont les détenteurs qui savent précisément combien ils ont versé avant et après cette date. Les assureurs ne fournissent pas toujours un relevé détaillé.

Conséquence : au moment du rachat, certains se retrouvent surpris par une imposition plus lourde que prévu. L’administration fiscale applique une règle de proratisation : elle répartit les intérêts entre ceux générés par les versements avant septembre 2017 (imposés à 7,5 %) et ceux générés après (imposés à 12,8 % au-delà du plafond). Si vous ne pouvez pas justifier de l’antériorité de vos versements, l’administration applique par défaut le régime le plus défavorable.

Solution pratique : demandez à votre assureur un historique détaillé de vos versements, avec la date exacte de chaque opération. Archivez-le. Si vous prévoyez un rachat partiel important en 2026 ou 2027, effectuez-le en plusieurs fois pour rester sous le seuil de 150 000 euros et conserver la taxation à 7,5 %. Cette stratégie de lissage fiscal peut représenter plusieurs milliers d’euros d’économie sur un contrat de 300 000 euros.

Les erreurs à ne pas commettre en 2026

Première erreur : verser sur un contrat mono-assureur souscrit directement auprès d’une banque traditionnelle. Les frais d’entrée y oscillent encore entre 2 et 4 %, là où les courtiers en ligne proposent 0 %. Sur un versement de 50 000 euros, cela représente 2 000 euros perdus avant même que le premier euro ne travaille. Les frais de gestion annuels atteignent 0,8 à 1 % chez les bancassureurs, contre 0,5 à 0,6 % en ligne. Sur vingt ans, l’écart dépasse 15 000 euros d’intérêts non capitalisés.

Deuxième erreur : attendre un krach pour investir en unités de compte. Les données historiques sont sans appel : le market timing ne fonctionne pas. Un investissement régulier de 500 euros par mois depuis janvier 2015 sur un fonds actions monde aurait produit un capital supérieur de 18 % à celui d’un investisseur ayant attendu les corrections de mars 2020 ou octobre 2022 pour investir en une fois. La volatilité est un risque, mais le coût d’opportunité de l’attente l’est tout autant.

Troisième erreur : ignorer la clause bénéficiaire. Plus de 40 % des contrats d’assurance-vie comportent une clause bénéficiaire standard, du type « mon conjoint, à défaut mes enfants ». Cette formulation peut générer des conflits en cas de famille recomposée, de divorce non régularisé, ou de volonté de gratifier un tiers. La clause bénéficiaire se modifie à tout moment, gratuitement. Profitez-en pour la rédiger de manière précise : noms, prénoms, dates de naissance, répartition en pourcentage. En cas de doute, faites-la valider par un notaire.

Quatrième erreur : laisser dormir un contrat ancien avec des frais élevés. Si vous détenez un contrat d’assurance-vie ouvert avant 2015 chez un bancasseur traditionnel, il y a de fortes chances que ses frais de gestion dépassent 1 % par an et que son offre d’unités de compte soit limitée à une vingtaine de fonds maison. Vous pouvez transférer votre contrat vers un assureur en ligne via un rachat total suivi d’une réouverture, mais vous perdez alors l’antériorité fiscale. Solution : conservez l’ancien contrat, cessez de l’alimenter, et ouvrez un nouveau contrat performant pour les versements futurs. Vous cumulez ainsi l’antériorité fiscale sur l’ancien et les faibles frais sur le nouveau.

Notre analyse : pourquoi cette dynamique va se poursuivre

Les 19,5 milliards de février 2026 ne sont pas un accident statistique. Ils résultent de trois tendances structurelles. Première tendance : le vieillissement démographique. Les baby-boomers entrent massivement en retraite entre 2020 et 2030. Ils cherchent à sécuriser leur patrimoine tout en conservant un rendement décent. L’assurance-vie répond exactement à ce besoin, avec une liquidité suffisante et une fiscalité clémente en cas de décès (abattement de 152 500 euros par bénéficiaire, puis taxation à 20 % jusqu’à 700 000 euros).

Deuxième tendance : la financiarisation croissante de l’épargne des classes moyennes. Historiquement, seuls les foyers aisés détenaient des portefeuilles diversifiés. Aujourd’hui, un cadre de 45 ans avec un patrimoine de 150 000 euros possède en moyenne trois enveloppes : un Livret A, un PEA et une assurance-vie. Cette multipolarisation de l’épargne s’accélère grâce à la digitalisation des parcours d’ouverture et à la baisse des tickets d’entrée (certains contrats acceptent des versements initiaux de 100 euros).

Troisième tendance : la désintermédiation bancaire. Les conseillers bancaires traditionnels peinent à justifier leurs frais face à des plateformes en ligne qui offrent 500 supports d’investissement, des outils d’allocation automatisés et des frais divisés par deux. Cette concurrence profite aux épargnants, mais elle rebat les cartes du conseil patrimonial. Les banques de réseau perdent des parts de marché au profit d’acteurs comme ING, Boursorama, Linxea ou Yomoni, qui captent désormais 25 % de la collecte nette.

Un dernier élément joue en faveur de l’assurance-vie : la réforme des retraites de 2023, dont les effets se font sentir en 2026. Le recul de l’âge légal à 64 ans et la revalorisation limitée des pensions obligent les actifs à épargner davantage pour maintenir leur niveau de vie. Le PER (Plan d’Épargne Retraite) capte une partie de cette épargne, mais l’assurance-vie reste dominante pour ceux qui refusent de bloquer leur capital jusqu’à la retraite. La flexibilité reste l’atout maître du contrat d’assurance-vie : on peut racheter à tout moment, sans justification, même avant huit ans.

Reste une inconnue : la stabilité des marchés financiers. Si l’inflation repart, si les taux remontent brutalement, si une crise géopolitique majeure éclate, les flux pourraient se réorienter vers l’épargne réglementée. Philippe Crevel, du Cercle de l’épargne, le rappelle : en période de crise, le Livret A redevient la valeur refuge. Mais tant que les taux réels restent négatifs ou faibles sur l’épargne garantie, et positifs sur l’assurance-vie, le mouvement de bascule se poursuivra.

📌 À retenir

    • 19,5 milliards d’euros collectés en février 2026 sur l’assurance-vie, un record historique qui confirme le désamour pour le Livret A et le PEL.
    • Le fonds euros redevient attractif avec des rendements moyens supérieurs à 3 %, tandis que les unités de compte captent 42,5 milliards en 2025, dont 25 % vers le non coté.
    • La fiscalité reste inchangée en 2026 : abattement de 4 600 euros après huit ans, puis 7,5 % de prélèvement jusqu’à 150 000 euros de versements (12,8 % au-delà).
    • Les erreurs classiques : verser sur un contrat bancaire à frais élevés, ignorer la clause bénéficiaire, attendre le krach pour investir en unités de compte.
    • Cette dynamique va se poursuivre tant que les taux de l’épargne réglementée restent inférieurs aux rendements de l’assurance-vie et que les marchés financiers demeurent stables.

Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.

Adrien
Adrien
Ingénieur financier et titulaire d’une maîtrise en finance de marché, Adrien Jozac suit le secteur de l’épargne à Patrimoine Magazine depuis 1998.

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