En supprimant les frais de gestion et en sélectionnant des enveloppes sans commissions d’arbitrage, les épargnants français augmentent leur rendement net de 2,5 à 3,5 points par an, révèle une analyse de courtiers spécialisés.
La révélation n’a rien de spectaculaire, mais elle pèse lourd sur vingt ans : entre un contrat d’assurance-vie facturé 1,5% de frais annuels et un contrat à 0,5%, l’écart atteint près de 18 000 euros sur un capital initial de 50 000 euros à rendement brut égal de 3,5%. Ce différentiel, longtemps invisible pour le grand public, devient un argument central dans la bataille que se livrent courtiers en ligne et réseaux bancaires traditionnels. Les premiers affichent des grilles tarifaires allégées, voire nulles sur certains supports, tandis que les seconds maintiennent des structures de frais héritées d’un modèle où le conseil justifiait la commission.
Assurance-vie et PER : les frais qui rongent le rendement net
Sur un contrat d’assurance-vie classique distribué en agence bancaire, les frais de gestion atteignent en moyenne 0,8% à 1,2% par an sur le fonds euros, auxquels s’ajoutent des frais d’arbitrage de 0,5% à 1% à chaque mouvement entre supports. Les unités de compte portent elles aussi des frais annuels de gestion de 0,6% à 1,5%, cumulés aux frais de gestion internes des fonds (OPCVM actions, obligations) qui oscillent entre 1,5% et 2,5% par an. Au total, un épargnant actif qui rééquilibre son allocation deux fois par an peut voir son rendement brut amputé de 3 à 4 points, ramenant un fonds actions à 6% brut à 2,5% net réel après inflation.
Les Plans d’Epargne Retraite, censés offrir une fiscalité attractive, reproduisent la même mécanique. Les PER bancaires appliquent des frais sur versements de 2% à 4%, des frais de gestion annuels de 0,8% à 1%, et des commissions d’arbitrage identiques à celles des contrats vie. Un versement de 10 000 euros dans un PER à 3% de frais d’entrée démarre à 9 700 euros, soit une perte sèche avant même que l’argent ne travaille. Sur trente ans, cette érosion silencieuse détruit une part significative de la performance affichée dans les plaquettes commerciales.
La parade : courtiers sans frais et ETF à 0,1%
Face à cette réalité, une partie des épargnants bascule vers des contrats distribués par des courtiers en ligne (Linxea, Placement-direct, Assurancevie.com) qui appliquent 0% de frais d’arbitrage, 0% de frais d’entrée, et des frais de gestion réduits à 0,5% voire 0% sur certains fonds euros boostés. Ces plateformes rémunèrent leurs équipes via des rétrocessions versées par les assureurs, mais répercutent une partie de ces commissions au client sous forme de rendement bonifié ou de frais annulés.
Côté supports d’investissement, le réflexe gagnant consiste à privilégier les ETF (trackers) plutôt que les OPCVM actifs. Un ETF World facture 0,12% à 0,20% de frais annuels contre 1,8% à 2,5% pour un fonds actions géré activement, sans que la performance après frais du géré actif soit systématiquement supérieure. Sur un horizon de vingt ans, cette différence de 2 points de frais annuels représente environ 35% de capital supplémentaire pour l’ETF à rendement brut égal.
Ce que vous devez faire maintenant
Première étape : exiger de votre banquier ou assureur le Relevé Annuel de Frais qui détaille l’ensemble des prélèvements opérés sur votre contrat. Ce document, obligatoire depuis 2020, permet de calculer le poids réel des commissions. Deuxième étape : comparer le rendement net de votre assurance-vie ou PER avec celui des contrats référencés sur les comparateurs indépendants (Goodvalueformoney, Selectra Patrimoine). Troisième étape : si l’écart dépasse 1,5 point par an, envisager un transfert ou une réorientation des nouveaux versements vers un contrat allégé. Le transfert d’un PER vers un autre PER est possible sans fiscalité, celui d’une assurance-vie nécessite une fermeture (avec perte de l’antériorité fiscale) ou une simple mise en sommeil du contrat ancien au profit d’un nouveau support pour les flux futurs.
Dernier conseil : ne confondez pas gratuité et absence de service. Un contrat sans frais exige un minimum d’autonomie dans la gestion et l’allocation. Si vous avez besoin d’un accompagnement régulier, la rémunération d’un conseiller en gestion de patrimoine indépendant (honoraires fixes ou pourcentage du patrimoine géré) reste plus transparente qu’une cascade de frais cachés dans les notices de 80 pages.
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Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié avant toute décision patrimoniale.
