Frais bancaires illicites : 9,2 millions d’euros d’amendes pour deux Caisses d’Épargne

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Neuf millions d’euros d’amende, des milliers de clients concernés : les commissions d’intervention des Caisses d’Épargne rattrapées par la loi.

Le 24 février 2026, la DGCCRF a rendu publiques des sanctions particulièrement lourdes contre deux entités du réseau Caisse d’Épargne, filiale du groupe BPCE. En cause, la facturation irrégulière de commissions d’intervention. Montant total de l’addition : 9,2 millions d’euros d’amendes pour pratiques commerciales trompeuses.

Une décision qui relance le débat sur les frais bancaires et la capacité des autorités à endiguer des dérives tarifaires persistantes.

Une enquête lancée en 2022, des sanctions en 2026

L’affaire remonte à octobre 2022. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes ouvre alors des investigations sur les pratiques tarifaires de plusieurs établissements.

Au fil des contrôles, les enquêteurs concentrent leurs travaux sur deux caisses régionales. En avril 2025, le dossier est jugé suffisamment solide. Dix mois plus tard, les sanctions tombent.

Le montant global, 9,2 millions d’euros, figure parmi les plus élevés prononcés ces dernières années contre des entités du secteur mutualiste pour des faits liés aux frais bancaires.

Île de France et Grand Est : des manquements distincts, un même constat

Deux établissements sont concernés.

La Caisse d’Épargne Île-de-France écope de la sanction la plus lourde, 6 millions d’euros. Les griefs sont doubles :

  • facturation de commissions d’intervention sans anomalie réelle sur le compte
  • dépassement des plafonds légaux applicables à ces frais

Le dossier a été transmis au parquet du tribunal judiciaire de Paris. L’établissement a accepté une transaction, évitant un procès public.

La Caisse d’Épargne du Grand Est Europe est pour sa part condamnée à 3,2 millions d’euros pour dépassement des seuils autorisés. Le parquet du tribunal judiciaire de Strasbourg a été saisi.

Dans les deux cas, l’autorité considère que les pratiques étaient de nature à induire le consommateur en erreur sur la tarification réellement applicable.

Commissions d’intervention : un cadre légal strict

Les commissions d’intervention correspondent à des frais facturés lorsqu’une banque examine une opération susceptible de créer ou d’aggraver un découvert.

Leur encadrement est clair :

  • 8 euros maximum par opération
  • 80 euros maximum par mois
  • pour les clients en situation de fragilité financière : 4 euros par opération et 20 euros par mois

Facturer ces frais sans incident avéré, ou au-delà des plafonds, constitue une pratique commerciale trompeuse au sens du droit de la consommation.

Le sujet est sensible. Pour de nombreux clients, ces frais s’ajoutent à d’autres coûts bancaires, dans des situations déjà tendues financièrement.

Remboursements à venir pour les clients

Au-delà des amendes, les deux caisses ont annoncé la mise en place d’un processus de remboursement.

Les montants potentiellement concernés n’ont pas été détaillés. Mais la période contrôlée couvre plus de deux ans, et les deux réseaux comptent plusieurs centaines de milliers de clients. Les sommes à restituer pourraient donc dépasser largement le montant des sanctions administratives.

La Caisse d’Épargne Île de France indique avoir reconfiguré ses systèmes informatiques afin de supprimer les deux tarifications litigieuses. La caisse du Grand Est Europe affirme avoir suspendu la perception des frais concernés.

Un secteur sous surveillance renforcée

Cette décision ne constitue pas un cas isolé. En novembre 2025, la Banque Populaire Rives de Paris, autre entité du groupe BPCE, avait déjà été sanctionnée à hauteur de 2,5 millions d’euros pour des motifs comparables.

En 2024, la Société Générale avait dû s’acquitter de 4,5 millions d’euros dans une affaire similaire.

Selon un rapport publié en mars 2025 par la DGCCRF, 17 établissements sur 100 contrôlés présentaient des anomalies dans leur facturation de frais. Un chiffre qui suggère un problème systémique plutôt qu’un accident isolé.

Pour les associations de consommateurs, la question dépasse désormais celle de la sanction. Elle touche à la gouvernance interne des réseaux bancaires et à l’efficacité des dispositifs de conformité.

Les clients ayant détenu un compte dans ces deux caisses ces dernières années ont intérêt à vérifier leur situation. Car derrière les millions d’euros d’amende, ce sont des prélèvements individuels, parfois modestes, mais répétés, qui ont alimenté l’addition.

Charles
Charles
Rédacteur en chef de patrimoine magazine qui fait Les Echos de l'immobilier en France

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