Le Vietnam s’apprête à baisser de 30 % l’impôt sur le revenu des petites entreprises et des ménages commerçants, tout en relevant le seuil d’exonération de 200 à 500 millions de dongs par an. Une réforme qui redessine la fiscalité de millions de foyers-entreprises dès le 1er janvier 2026.
Le gouvernement vietnamien a présenté début août 2026 un projet destiné à alléger la pression fiscale sur les plus petits acteurs économiques du pays. La logique est assumée : moins d’impôt et des procédures simplifiées pour libérer l’initiative des ménages commerçants. Derrière l’affichage politique, le mécanisme change en profondeur la manière dont ces contribuables calculent ce qu’ils doivent au fisc.
L’enjeu dépasse la simple ristourne. Le Vietnam vise une croissance annuelle du PIB supérieure à 10 % sur le reste de la décennie, et les micro-entreprises constituent le socle de cette ambition. En modifiant à la fois l’assiette imposable, le seuil d’entrée dans l’impôt et le taux applicable, Hanoï tente de transformer l’informel en formel, et d’inciter les petits opérateurs à grandir plutôt qu’à se dissimuler.
Ce qui change concrètement au 1er janvier 2026
Le premier levier est le seuil d’exonération. Jusqu’à présent, un ménage commerçant devenait imposable dès 100 millions de dongs de chiffre d’affaires annuel. La réforme porte ce plancher à 500 millions de dongs. Concrètement, un commerçant réalisant moins de cette somme sur l’année ne paie plus aucun impôt sur son activité. C’est un relèvement massif du seuil d’entrée dans la fiscalité.
Le deuxième changement est plus subtil mais tout aussi décisif. Auparavant, dès que le seuil était franchi, l’impôt s’appliquait sur la totalité du chiffre d’affaires. Désormais, seule la fraction dépassant 500 millions de dongs sert de base au calcul[1]. Le montant exonéré se déduit avant application du taux, comme un abattement à la base. Ce basculement d’une taxation du premier dong à une taxation marginale au-delà du seuil transforme l’économie fiscale de milliers de petits redevables.
Troisième évolution structurelle : la frais de licence commerciale disparaît. L’article 10 de la résolution 198/2025/QH15 a officiellement supprimé cette redevance à compter du 1er janvier 2026[3]. À partir de cette date, les ménages commerçants ne s’acquittent plus que de deux prélèvements : la taxe sur la valeur ajoutée et l’impôt sur le revenu des personnes physiques. Un allègement administratif autant que financier.
Selon les estimations des autorités fiscales relayées par Viet An Law, le relèvement du seuil représenterait une baisse d’impôt d’environ 11 800 milliards de dongs par an pour les ménages et particuliers concernés. L’ordre de grandeur illustre l’ampleur du transfert consenti par le budget de l’État au profit du tissu micro-économique.
La baisse de 30 % : qui en profite vraiment
Le cÅ“ur médiatique de la réforme reste la réduction de 30 % de l’impôt sur le revenu. Elle s’appliquerait sur les exercices 2026 et 2027 aux ménages commerçants, aux entrepreneurs individuels et aux micro-entreprises remplissant les conditions de chiffre d’affaires[2]. La mesure vise explicitement à encourager l’expansion de la production et de l’activité commerciale.
Le plafond d’éligibilité mérite attention. Selon Reuters, la baisse concerne les petites structures et ménages commerçants dont le chiffre d’affaires annuel n’excède pas 10 milliards de dongs, soit environ 380 000 dollars[2]. Au-delà de ce plafond, l’entreprise sort du régime de faveur et bascule vers une imposition alignée sur celle des sociétés classiques. La frontière est nette : le dispositif cible les petits, pas les structures intermédiaires.
Le calendrier reste conditionnel. Le projet devait être soumis au Parlement dans le courant du mois pour approbation[2]. Tant que le vote n’est pas intervenu, ces paramètres conservent le statut de proposition gouvernementale. Un point que tout redevable concerné doit garder à l’esprit avant d’ajuster sa stratégie.
Enjeux de la nouvelle fiscalité vietnamienne 2026
Le nouveau barème par tranches de chiffre d’affaires
La réforme introduit une segmentation des ménages commerçants selon leur chiffre d’affaires annuel[1]. Chaque tranche obéit à des règles de calcul distinctes, avec une nouveauté de taille : la possibilité, pour certains, de calculer l’impôt sur le revenu réel (chiffre d’affaires diminué des charges) plutôt que sur un simple pourcentage du chiffre d’affaires.
| Chiffre d’affaires annuel | Base de calcul de l’IRPP | Taux IRPP |
|---|---|---|
| Moins de 500 millions VND | Exonéré | 0 % |
| 500 millions à 3 milliards VND (coûts identifiables) | Revenu (CA – charges) | 15 % |
| 3 Ã 50 milliards VND | Revenu (CA – charges) | 17 % |
| Plus de 50 milliards VND | Revenu (CA – charges) | 20 % |
Source : Ecovis · Viet An Law
La tranche des 500 millions à 3 milliards de dongs offre une souplesse inédite. Les commerçants capables d’identifier leurs coûts peuvent opter pour une imposition sur le revenu réel à 15 %. Ceux qui ne peuvent pas déterminer leurs charges restent taxés sur un pourcentage du chiffre d’affaires, variable selon l’activité. La distribution et la fourniture de biens supportent 0,5 % au titre de l’IRPP et 1 % de TVA. La production, le transport et les services liés aux biens, ainsi que la construction avec fourniture de matériaux, relèvent de 1,5 % d’IRPP et 3 % de TVA[1].
Au-delà de 3 milliards de dongs, la logique se durcit. Les ménages commerçants dont le chiffre d’affaires se situe entre 3 et 50 milliards doivent calculer l’impôt sur le bénéfice réel au taux de 17 %, sans possibilité de choisir la méthode forfaitaire[3]. Ils sont traités comme des entreprises de taille équivalente. Le passage à un régime de comptabilité complète devient de fait incontournable.
La dernière tranche, au-dessus de 50 milliards de dongs, ferme la boucle. Ces ménages sont imposés comme des sociétés, à 20 % sur le revenu, et les autorités fiscales les orientent vers une conversion en entreprise formelle pour bénéficier des incitations réservées à ce statut[3]. Le message est limpide : au-delà d’un certain volume, le régime du ménage commerçant n’a plus de raison d’être.
Ce que la réforme signifie pour la trésorerie des petits opérateurs
Pour un commerçant modeste, l’effet cumulé est considérable. Prenons le cas générique d’un ménage réalisant 480 millions de dongs de chiffre d’affaires annuel. Sous l’ancien régime, dépassant les 100 millions, il était imposable sur l’intégralité de son activité. À partir de 2026, il tombe sous le seuil de 500 millions et n’acquitte plus aucun impôt sur le revenu ni frais de licence. Le gain n’est pas marginal, il est total.
Pour un opérateur au-dessus du seuil, le mécanisme d’abattement à la base change la donne. Sur un chiffre d’affaires de 700 millions de dongs, seuls les 200 millions excédant le seuil entrent dans l’assiette de calcul par pourcentage[1]. La fraction exonérée protège durablement la première tranche de revenu. C’est cette taxation marginale, et non plus au premier dong, qui allège le plus la trésorerie des commerçants situés juste au-dessus du plancher.
La possibilité d’opter pour l’imposition sur le revenu réel constitue le vrai gisement d’optimisation. Un commerçant à forte structure de coûts (matières premières, transport, main-d’Å“uvre) aura intérêt à documenter ses charges pour être taxé sur son bénéfice à 15 % plutôt que sur un pourcentage brut de son chiffre d’affaires. À l’inverse, une activité à faibles charges gagnera souvent à rester sur le forfait. Le choix devient un arbitrage à faire chaque année, pièces comptables à l’appui.
Les erreurs à éviter avant de basculer
La première erreur serait de considérer la réforme comme définitivement votée. Le dispositif reste au stade de proposition soumise au Parlement[2]. Engager des dépenses ou restructurer son activité sur la seule foi d’un projet gouvernemental, avant approbation formelle, expose à un revirement de dernière minute.
La deuxième erreur consiste à mal évaluer sa tranche. Un commerçant qui franchit le seuil des 3 milliards de dongs perd la faculté d’opter pour le forfait et bascule d’office sur l’imposition du bénéfice réel. Sans anticipation comptable, il se retrouve à devoir reconstituer ses charges dans l’urgence. La bascule de tranche se prépare, elle ne se subit pas.
La troisième erreur, plus insidieuse, serait de négliger la TVA. La baisse de 30 % et le relèvement du seuil portent sur l’impôt sur le revenu. La TVA obéit à ses propres taux, variables selon l’activité[1]. Un commerçant qui raisonne uniquement en IRPP oublie la moitié de sa charge fiscale réelle. Les deux prélèvements se calculent séparément et doivent tous deux être intégrés au prévisionnel.
Notre analyse : une réforme qui pousse à la formalisation
Ce que la présentation officielle dit peu, c’est que cette réforme est autant un outil de recouvrement qu’un cadeau fiscal. En relevant le seuil d’exonération et en supprimant la licence, Hanoï réduit la friction qui poussait des millions de micro-opérateurs à rester dans l’informel. Le calcul est habile : moins d’impôt sur les plus petits, mais un filet fiscal qui capte mieux les structures intermédiaires à mesure qu’elles grandissent.
Le vrai tournant se situe dans la segmentation par tranches et la conversion imposée au-delà de 50 milliards de dongs. Le régime du ménage commerçant devient un sas transitoire, pas une niche permanente. À chaque palier, le Vietnam rend le statut de société plus attractif et le statut informel plus coûteux. La logique n’est pas de figer les petits dans un régime de faveur, mais de les faire grandir vers la formalité.
Pour un observateur patrimonial, la leçon dépasse les frontières vietnamiennes. Un abattement à la base, un barème progressif par tranches et la suppression d’une taxe forfaitaire produisent un effet incitatif bien supérieur à une simple baisse de taux affichée. La mécanique fiscale compte davantage que le slogan. C’est en modifiant l’assiette et le seuil, plus que le pourcentage, que le Vietnam espère transformer sa base de contribuables.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.
Réforme fiscale des ménages commerçants vietnamiens 2026
- Seuil d'exonération relevé de 200 à 500 millions de dongs par an dès le 1er janvier 2026
- Baisse de 30 % de l'impôt sur le revenu pour 2026 et 2027, sous plafond de 10 milliards de dongs
- Suppression de la licence commerciale : plus que deux prélèvements, TVA et IRPP
- Taux IRPP par tranche : 15 % de 500 M Ã 3 Mds, 17 % de 3 Ã 50 Mds, 20 % au-delÃ
- Baisse d'impôt estimée à environ 11 800 milliards de dongs par an
- Seule la fraction de CA au-delà de 500 millions entre dans l'assiette de calcul

