Loi Mbappé à Madrid : cette déduction de 20 % que les investisseurs français ignorent encore

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La Communauté de Madrid a créé fin 2024 un régime fiscal inédit en Europe : une déduction de 20 % sur l’acquisition d’actifs financiers pour les nouveaux résidents étrangers. Sans plafond, elle peut représenter des centaines de milliers d’euros d’économie d’impôt.

Le dispositif a été voté le 28 novembre 2024, dans la foulée de l’arrivée de Kylian Mbappé au Real Madrid. Les médias l’ont baptisé « loi Mbappé », par analogie avec la « loi Beckham » de 2003. Mais contrairement à cette dernière, qui concerne les revenus d’activité, la loi Mbappé cible les investissements patrimoniaux. Un investisseur qui place 10 millions d’euros dans des obligations ou des actions éligibles bénéficie immédiatement d’une déduction de 2 millions d’euros sur sa tranche régionale d’impôt sur le revenu. Le surplus non utilisé se reporte sur cinq ans. Aucun autre territoire européen n’offre un avantage de cette ampleur sans plafond de base ni de quota. Madrid cherche à attirer les capitaux internationaux après le Brexit, et mise sur la combinaison de ce nouveau dispositif avec son taux régional d’IRPF déjà parmi les plus bas d’Espagne.

Pour les Français fortunés, ce régime soulève une question concrète : vaut-il la peine de déplacer sa résidence fiscale à Madrid pour six ans ? La réponse dépend du montant des actifs que vous êtes prêt à investir, de votre structure patrimoniale actuelle et de la compatibilité avec vos obligations aux États-Unis si vous êtes américain, ou en France si vous conservez des biens immobiliers en métropole. Cet article détaille le mécanisme exact, les conditions d’éligibilité, les types d’actifs acceptés et les erreurs qui annulent la déduction. Nous donnons aussi notre analyse sur les limites et les situations où le dispositif devient vraiment intéressant.

Le mécanisme : 20 % de déduction sans plafond sur les actifs financiers

La loi 4/2024 de la Communauté de Madrid crée une déduction égale à 20 % de la valeur d’acquisition de certains actifs financiers. Cette déduction s’applique sur la tranche régionale de l’IRPF, qui représente environ 50 % de l’impôt total. Selon Christie’s International Real Estate Madrid, un investisseur qui achète pour 10 millions d’euros d’actifs éligibles obtient une déduction de 2 millions d’euros. Si sa quote-part fiscale régionale ne suffit pas à absorber la totalité, le solde se reporte sur les cinq années suivantes. Aucun plafond ne limite la base éligible ni le montant déductible.

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Les actifs éligibles recouvrent deux grandes catégories. D’une part, les titres représentant un transfert de capital : obligations, bons du Trésor espagnols ou européens, obligations d’entreprises cotées ou non cotées. D’autre part, les titres représentant une participation au capital : actions de sociétés cotées, parts de sociétés à responsabilité limitée non cotées. Dans tous les cas, les frais d’acquisition sont inclus dans la base, mais les intérêts d’emprunt en sont exclus. Le régime exclut formellement l’immobilier et les entités établies dans des paradis fiscaux.

Le dispositif s’adresse aux nouveaux résidents. Vous ne devez pas avoir été résident fiscal espagnol au cours des cinq années précédant votre installation. Vous devez établir votre résidence fiscale à Madrid à compter du 1er janvier 2024 ou après. Enfin, vous vous engagez à conserver votre résidence fiscale madrilène et vos investissements pendant six ans minimum. Un départ anticipé ou une revente des actifs avant la fin de la sixième année entraîne la perte rétroactive de la déduction et le remboursement de l’avantage fiscal perçu, majoré des intérêts de retard.

Conditions d’éligibilité : qui peut vraiment en profiter

Trois critères cumulatifs filtrent les bénéficiaires. D’abord, vous ne devez pas avoir été résident fiscal espagnol pendant les cinq années civiles précédant votre arrivée. Si vous avez vécu en Espagne entre 2019 et 2023, vous êtes exclu. Ensuite, votre installation doit avoir lieu après le 1er janvier 2024. Enfin, vous devez maintenir votre résidence fiscale à Madrid pendant six ans consécutifs. La résidence fiscale espagnole suppose que vous passiez plus de 183 jours par an en Espagne ou que votre centre d’intérêts économiques se situe en Espagne.

Le dispositif ajoute des restrictions sur la nature des participations. Vous ne pouvez pas détenir, directement ou indirectement via votre conjoint ou vos ascendants/descendants, plus de 40 % du capital d’une société non cotée dans laquelle vous investissez. Vous ne pouvez pas non plus exercer de fonctions de direction ou de gestion opérationnelle dans cette société. Ces clauses visent à éviter que des entrepreneurs déplacent leur société holding à Madrid pour bénéficier du régime sur leur propre structure. L’objectif est d’attirer des investisseurs passifs, pas des dirigeants opérationnels cherchant une optimisation fiscale agressive.

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Les Américains doivent prendre en compte leur obligation de déclaration mondiale. Les États-Unis taxent leurs citoyens sur leur revenu mondial, quel que soit leur lieu de résidence. La déduction madrilène réduit l’impôt espagnol, mais ne change rien à l’impôt fédéral américain. Selon EuroUSAfa, les citoyens américains qui s’installent à Madrid doivent structurer leurs investissements en tenant compte du crédit d’impôt étranger et des conventions fiscales entre les États-Unis et l’Espagne. Pour un Français, la situation est plus simple : déplacer sa résidence fiscale en Espagne rompt l’assujettissement à l’impôt français, sous réserve de ne pas conserver de foyer fiscal en France ni d’y passer plus de 183 jours par an.

Les investissements acceptés et ceux qui sont exclus

Le texte énumère précisément les actifs éligibles. Côté dette, vous pouvez investir dans des obligations et débentures émises par des entités espagnoles ou européennes, ainsi que dans des bons du Trésor émis par l’Espagne ou par des gouvernements européens approuvés. Côté capital, vous pouvez acheter des actions de sociétés cotées en Bourse, des participations dans des sociétés non cotées et des parts de sociétés à responsabilité limitée, sous réserve de la limite des 40 % de détention. Les fonds d’investissement ne sont pas explicitement mentionnés dans les sources disponibles, ce qui laisse planer un doute sur leur éligibilité : un conseil fiscal local est indispensable pour clarifier ce point avant d’investir.

Les exclusions sont formelles. L’immobilier, sous toutes ses formes, est exclu. Pas de SCPI, pas d’achat direct de logements ou de bureaux, pas de parts de sociétés civiles immobilières. Les entités situées dans des paradis fiscaux sont également exclues, selon la liste officielle espagnole. Enfin, si vous détenez plus de 40 % d’une société non cotée, votre investissement dans cette société ne donne droit à aucune déduction. Cette règle s’applique même si la détention se fait via des membres de votre famille proche : conjoint, ascendants, descendants.

Types d’actifs et éligibilité à la loi Mbappé
Type d’actif Éligible Restrictions applicables
Obligations et débentures (Espagne/UE) Oui Entité non située en paradis fiscal
Bons du Trésor (Espagne, UE approuvée) Oui Émetteur gouvernemental reconnu
Actions de sociétés cotées Oui Entité non située en paradis fiscal
Participations sociétés non cotées Oui Détention max. 40 %, pas de poste de direction
Immobilier (direct ou SCPI) Non Exclusion formelle
Entités en paradis fiscal Non Exclusion formelle

Source : Bolder Group

Un investisseur qui veut maximiser l’avantage fiscal doit concentrer son portefeuille sur des obligations d’entreprises espagnoles ou européennes de qualité, et sur des actions de sociétés cotées. Les obligations offrent plus de prévisibilité : le montant investi est connu dès l’acquisition, la déduction est calculable immédiatement. Les actions comportent un risque de marché, mais elles permettent de diversifier géographiquement et sectoriellement tout en bénéficiant de la déduction. L’arbitrage entre dette et capital dépend de votre profil de risque et de votre horizon de placement, mais dans tous les cas, la déduction de 20 % sur la valeur d’acquisition reste acquise dès l’année de l’investissement.

Exemple chiffré : l’impact réel sur votre impôt

Prenons un contribuable dont le revenu annuel imposable s’élève à 500 000 euros. Il investit 2 millions d’euros dans un portefeuille d’obligations d’entreprises espagnoles et d’actions du CAC 40. La déduction s’élève à 400 000 euros. Cette somme vient en déduction de la tranche régionale de l’IRPF madrilène, qui représente environ 50 % de l’impôt total. Sur un impôt régional hypothétique de 100 000 euros, la déduction de 400 000 euros efface intégralement la quote-part régionale et génère un report de 300 000 euros sur les cinq années suivantes. Concrètement, l’investisseur annule sa tranche régionale d’impôt sur le revenu pendant six ans, à condition de maintenir ses investissements et sa résidence.

Comparons avec un scénario français équivalent. Un résident fiscal français qui investit 2 millions d’euros dans des obligations ne bénéficie d’aucune déduction fiscale sur l’acquisition. Il paiera la flat tax de 30 % sur les intérêts perçus chaque année, soit environ 60 000 euros d’impôt par an si le portefeuille rapporte 3 % net. À Madrid, l’investisseur récupère 400 000 euros dès la première année, puis paie l’impôt espagnol sur les intérêts au fur et à mesure. Sur six ans, l’avantage net peut dépasser 300 000 euros pour un patrimoine de 2 millions investis, selon le rendement des actifs et l’évolution de la fiscalité espagnole.

Un dernier exemple plus ambitieux. Un entrepreneur qui revend sa société pour 20 millions d’euros et s’installe à Madrid début 2026. Il réinvestit 10 millions dans un portefeuille diversifié d’actions européennes et d’obligations corporate. La déduction immédiate atteint 2 millions d’euros. Si sa quote-part régionale d’IRPF s’élève à 300 000 euros par an, il efface entièrement son impôt régional pendant six ans et conserve un report de 200 000 euros sur la septième année. Cet avantage fiscal justifie largement le coût de l’installation à Madrid, surtout si l’entrepreneur n’a pas de contraintes familiales ou professionnelles en France.

Les pièges à éviter absolument

Le principal risque est la rupture d’engagement avant la fin de la sixième année. Si vous revendez les actifs éligibles ou si vous déménagez hors de Madrid avant l’expiration du délai, vous perdez rétroactivement le bénéfice de la déduction. L’administration fiscale madrilène vous réclamera le remboursement intégral, majoré d’intérêts de retard calculés depuis l’année d’acquisition. Sur un avantage de 2 millions d’euros, la facture peut grimper à 2,3 millions après intérêts. Ce risque impose de structurer son patrimoine pour garantir la stabilité résidentielle et la conservation des actifs pendant six ans.

Deuxième piège : l’incompatibilité avec la loi Beckham. Selon Blevins Franks, il est impossible de cumuler les deux régimes. La loi Beckham permet aux nouveaux résidents de ne payer l’impôt espagnol que sur leurs revenus de source espagnole, avec un taux forfaitaire de 24 % sur les revenus du travail. La loi Mbappé, elle, s’applique au régime général de l’IRPF avec toutes ses tranches progressives. Si vous optez pour la loi Beckham, vous renoncez à la déduction de 20 % sur vos investissements. Pour un sportif ou un cadre salarié, la loi Beckham reste souvent plus avantageuse. Pour un investisseur patrimonial sans revenu d’activité significatif, la loi Mbappé l’emporte nettement.

Troisième erreur fréquente : négliger les obligations déclaratives espagnoles et, le cas échéant, américaines ou françaises. Les résidents fiscaux espagnols doivent déclarer l’intégralité de leur patrimoine mondial chaque année, y compris les comptes bancaires et les actifs financiers détenus à l’étranger. Les Américains doivent remplir le FBAR et le formulaire 8938 de l’IRS. Les Français qui conservent un patrimoine immobilier en France doivent continuer à le déclarer à l’administration fiscale espagnole. Un oubli peut entraîner des pénalités lourdes et, dans le pire des cas, une remise en cause de la résidence fiscale espagnole, donc de la déduction.

Notre analyse : pour qui ce dispositif change vraiment la donne

La loi Mbappé ne concerne pas monsieur tout le monde. Elle s’adresse à une catégorie très précise : les détenteurs d’un patrimoine financier liquide supérieur à 2 millions d’euros, prêts à déménager à Madrid pour six ans minimum. En dessous de ce seuil, l’avantage fiscal reste intéressant mais insuffisant pour justifier une expatriation. Au-dessus de 5 millions investis, la déduction devient un levier puissant : 1 million d’euros d’économie d’impôt immédiate, reportable sur cinq ans. C’est le segment des entrepreneurs post-cession, des investisseurs institutionnels privés et des family offices qui tire le meilleur parti du dispositif.

Ce que personne ne dit : Madrid ne mise pas uniquement sur la fiscalité. La ville attire aussi par son écosystème financier post-Brexit, son climat, son coût de la vie inférieur à Paris ou Londres, et sa qualité de vie. La loi Mbappé n’est qu’un outil parmi d’autres. Un investisseur qui déteste Madrid ou qui a son centre de vie ailleurs en Europe ne trouvera aucun intérêt à s’installer pour six ans, même avec 20 % de déduction. En revanche, pour celui qui cherchait déjà une alternative à la France ou au Royaume-Uni, le dispositif fait pencher la balance définitivement en faveur de l’Espagne.

Dernier point souvent ignoré : la stabilité politique du régime. La loi a été votée par l’Assemblée de la Communauté de Madrid en novembre 2024. Rien ne garantit qu’un changement de majorité politique en 2027 ou 2030 ne remette pas en cause le dispositif. L’Espagne a déjà modifié la loi Beckham en 2014 pour exclure les sportifs professionnels. Un investisseur qui s’engage pour six ans prend le risque d’un durcissement fiscal en cours de route. Ce risque politique doit être intégré dans le calcul de rentabilité, surtout pour les patrimoines supérieurs à 10 millions où l’enjeu fiscal dépasse le million d’euros.

📌 À retenir

    • La loi Mbappé offre une déduction de 20 % sans plafond sur l’acquisition d’actifs financiers (obligations, actions) pour les nouveaux résidents de Madrid investissant au moins 2 millions d’euros.
    • Conditions strictes : aucune résidence fiscale espagnole dans les 5 ans précédents, installation après le 1er janvier 2024, engagement de 6 ans minimum à Madrid.
    • Exclusions formelles : immobilier, paradis fiscaux, détention supérieure à 40 % d’une société non cotée, incompatibilité avec la loi Beckham.
    • Impact fiscal majeur : un investissement de 10 millions génère 2 millions d’économie d’impôt, reportable sur 5 ans si la quote-part régionale ne suffit pas.
    • Risque principal : rupture d’engagement avant 6 ans entraîne le remboursement intégral majoré d’intérêts de retard. Dispositif réservé aux patrimoines liquides supérieurs à 2 millions, prêts à s’installer durablement à Madrid.

🐦 Ce qu’en disent les experts

Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.

Astrid
Astrid
Titulaire d’un master d’économie et d’une licence d’Histoire, Astrid supervise l’ensemble des services de rédaction

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