L’économiste en chef d’Apollo Global Management, Torsten Slok, vient de poser un chiffre qui devrait faire réfléchir tout détenteur d’assurance-vie ou de PER. Les dépenses en capital dédiées à l’intelligence artificielle croissent à un rythme presque deux fois supérieur à celui de la bulle immobilière américaine du milieu des années 2000. Pour votre épargne, l’enjeu n’est pas technologique. Il est fiscal et patrimonial.
Le raisonnement de Slok est simple et redoutable. Une expansion qui monte vite peut se dégonfler tout aussi vite. Or une part croissante de l’épargne des Français est aujourd’hui exposée, sans qu’ils le sachent toujours, à cette concentration extrême sur une poignée de valeurs technologiques américaines. Vos unités de compte, vos ETF logés dans un PER, vos SCPI thématiques : tout est concerné.
La question centrale n’est pas de savoir si l’IA va transformer l’économie. Elle le fait déjà. La question est de savoir ce qui arrive à votre capital, et à sa fiscalité, si le marché se retourne brutalement. Un moins-value dans une enveloppe fiscale ne se traite pas comme une moins-value en compte-titres ordinaire. C’est là que se joue la vraie différence entre un épargnant averti et les autres.
Le chiffre que Slok met sur la table
Torsten Slok, associé et économiste en chef chez Apollo Global Management, avance un rythme d’expansion inédit. Les investissements dans les centres de données ajouteraient 1,7 point de pourcentage au PIB américain en seulement deux ans, passant de 1,4 % du PIB en 2025 à 3,1 % en 2027, soit environ 0,85 point par an.
Pour mesurer l’ampleur, il faut comparer. La phase la plus rapide du boom immobilier américain, entre 2002 et 2005, ne progressait qu’à 0,5 point de pourcentage par an. Le déploiement de la fibre et des télécoms à la fin des années 1990 grimpait à seulement 0,15 point par an. Le cycle de l’IA se construit donc à près du double de la vitesse du boom immobilier à son sommet[3].
Un point mérite d’être posé clairement. En part totale de l’économie, le cycle actuel reste inférieur à la moitié du pic atteint par la bulle immobilière. C’est sa vélocité qui est sans précédent, pas sa taille absolue. Et c’est précisément cette vitesse qui inquiète Slok.
| Cycle | Rythme annuel | Période |
|---|---|---|
| Investissement IA / data centers | ~0,85 point/an | 2025-2027 |
| Bulle immobilière (phase la plus rapide) | 0,5 point/an | 2002-2005 |
| Télécoms et fibre | 0,15 point/an | fin des années 1990 |
Source : Benzinga / Apollo Global Management
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Le message de Slok tient en une phrase. Un cycle qui se construit à 0,85 point par an peut se défaire au même rythme, et c’est cela, plutôt que la construction elle-même, qui constitue le risque macroéconomique si la demande d’IA déçoit[3]. L’investisseur Michael Burry, connu pour avoir anticipé la crise de 2008, a relayé ces graphiques.
Une concentration qui expose votre épargne sans que vous le sachiez
Le vrai danger, selon Apollo, n’est pas la dépense elle-même. C’est la concentration. Pour la première fois de l’histoire, les dix plus grandes entreprises représentent plus de 40 % de la capitalisation totale du S&P 500[4]. L’indice s’est transformé en un pari concentré sur un seul récit : celui de l’intelligence artificielle.
Or cet indice, la plupart des épargnants français le détiennent sans le savoir. Il est logé dans des ETF World, dans des fonds actions internationales proposés en unité de compte, dans les allocations par défaut de nombreux PER. En 2025, l’investissement lié à l’IA a contribué davantage à la croissance du PIB américain que la consommation des ménages[4]. Slok parle d’un point de défaillance unique, un « single point of failure ».
Les hyperscalers comme Microsoft, Google, Meta, Amazon et Oracle prévoient de consacrer un record de 60 % de leur flux de trésorerie opérationnel principalement aux infrastructures IA[4]. Concrètement, si la demande faiblit ou si ces investissements colossaux ne génèrent pas de gains de productivité rapides, Apollo anticipe une série de conséquences négatives en cascade.
Le paradoxe est réel. Une analyse indépendante souligne que l’IA est simultanément une bulle spéculative de proportions historiques et une technologie plus fondamentalement transformatrice que ne le fut internet. L’investissement mondial dans l’IA a atteint 202,3 milliards de dollars en 2025, en hausse de 75 % sur un an, et représentait environ 50 % de tout le capital-risque déployé dans le monde[5]. Cette concentration n’a pas de précédent dans l’histoire de l’investissement technologique.
Risques patrimoniaux du cycle IA en 2026
Ce que devient la fiscalité de vos plus-values si le marché se retourne
Ici commence la partie que votre conseiller bancaire évoque rarement. La fiscalité d’une baisse dépend entièrement de l’enveloppe dans laquelle vous détenez vos actifs. Le fait générateur de l’imposition, c’est la sortie ou le rachat, jamais la simple fluctuation de la valeur de vos parts. Tant que vous ne vendez pas, aucune moins-value n’est fiscalement constatée.
Dans un compte-titres ordinaire, une moins-value réalisée peut s’imputer sur les plus-values de même nature de l’année, puis se reporter sur les dix années suivantes. C’est un mécanisme précieux en cas de retournement. Dans une assurance-vie ou un PER, la logique est différente : vous n’imputez pas une moins-value sur des gains extérieurs. La perte reste enfermée dans l’enveloppe, mais vous conservez l’avantage fiscal de l’enveloppe elle-même sur les gains futurs.
Cette distinction change tout dans une stratégie de gestion du risque IA. Un épargnant qui détient des ETF technologiques dans un compte-titres peut, en cas de correction, arbitrer, matérialiser sa moins-value et la reporter pour effacer de futures plus-values. L’assurance-vie ne le permet pas de la même manière : l’arbitrage interne entre supports n’a pas d’effet fiscal immédiat, ce qui peut être un avantage comme un inconvénient selon votre situation.
Le PER ajoute une couche de complexité. Les versements y sont souvent déduits du revenu imposable à l’entrée, dans la limite du plafond épargne retraite. En contrepartie, la sortie est fiscalisée. Si vos unités de compte IA s’effondrent juste avant votre départ à la retraite, vous récupérez un capital diminué, mais vous avez déjà consommé l’avantage fiscal à l’entrée. Le calendrier de sécurisation de votre allocation devient alors décisif.
Les arbitrages à envisager avant une éventuelle correction
La première décision est de mesurer votre exposition réelle. Beaucoup d’épargnants pensent détenir un portefeuille diversifié alors qu’ils cumulent un ETF World, un fonds actions US et un support technologique, tous trois surpondérés sur les mêmes dix valeurs. Additionnez la part effective des géants technologiques dans l’ensemble de vos supports. Le résultat surprend souvent.
Deuxième levier : l’arbitrage progressif à l’intérieur de l’assurance-vie. Basculer une fraction de vos unités de compte vers un fonds euros ou des supports moins concentrés ne déclenche aucune imposition immédiate tant que vous restez dans le contrat. C’est l’un des rares outils qui permet de dérisquer sans coût fiscal. Un contrat sans frais d’arbitrage, comme en proposent certains acteurs en ligne, rend l’opération quasi gratuite.
Troisième piste, pour les détenteurs de compte-titres : la récolte de moins-values. Si une partie de votre portefeuille IA est déjà en perte latente, vendre puis, éventuellement, racheter après le délai d’usage permet de cristalliser une moins-value imputable. Cette technique demande de la rigueur et le respect des règles anti-abus, mais elle transforme une perte de marché en économie d’impôt sur vos gains futurs.
La banque en ligne ING, immatriculée en France depuis le 1er septembre 2008 et dont le siège se situe au Technoparc de l’Aubinière à Nantes, figure parmi les acteurs qui ont popularisé l’épargne à frais réduits. Valérie Volpillière en est la gérante. Ce type d’établissement illustre une bascule de fond : la chasse aux frais d’entrée et d’arbitrage, précisément ceux qui grignotent la performance quand les marchés deviennent volatils.
Les erreurs à éviter absolument
Première erreur : vendre en panique dans une enveloppe fiscale avantageuse. Racheter une assurance-vie de plus de huit ans pour fuir une correction, c’est renoncer à l’abattement annuel sur les gains et casser l’antériorité fiscale du contrat. La correction passera, l’antériorité, elle, ne se rachète pas.
Deuxième erreur : confondre volatilité et perte définitive. Tant que vous ne rachetez pas, aucune moins-value n’est constatée fiscalement, et aucun gain non plus. La fluctuation de vos unités de compte n’a strictement aucun effet sur votre feuille d’impôt. Réagir à chaque secousse, c’est multiplier les frais et les erreurs de timing.
Troisième erreur : ignorer le calendrier de sortie du PER. Un PER dont l’allocation reste 100 % en actions technologiques à deux ans de la retraite est une bombe à retardement. La sécurisation progressive, souvent proposée en gestion pilotée à horizon, n’est pas un gadget commercial. C’est une réponse directe au risque de retournement décrit par Slok.
Notre analyse
Ce que la plupart des commentaires oublient, c’est que le débat sur la bulle de l’IA est mal posé pour l’épargnant français. La vraie question n’est pas « la bulle va-t-elle éclater ». Personne ne le sait. La vraie question est : votre allocation résiste-t-elle à un scénario où elle éclate, et votre fiscalité vous aide-t-elle ou vous pénalise-t-elle dans ce cas ?
Slok ne dit pas que l’IA est une escroquerie. Il dit que sa vitesse d’expansion, deux fois celle du boom immobilier, la rend capable de se dégonfler tout aussi vite. Un portefeuille bâti sur l’idée que la hausse continue indéfiniment n’a pas de plan pour l’autre scénario. Or un adossement à 40 % de l’indice sur dix valeurs, c’est exactement l’absence de plan.
La bonne posture n’est ni de tout vendre ni de tout ignorer. C’est de savoir précisément combien de votre épargne dépend du récit de l’IA, dans quelle enveloppe fiscale elle se trouve, et quel serait le traitement de vos moins-values selon que vous détenez ces actifs en assurance-vie, en PER ou en compte-titres. Cette cartographie, la plupart des épargnants ne l’ont jamais faite. C’est pourtant elle qui sépare ceux qui subiront une correction de ceux qui la traverseront sans dégât fiscal.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.
Bulle IA et fiscalité de l'épargne en 2026
- Les dépenses IA croissent à ~0,85 point de PIB par an, deux fois plus vite que la bulle immobilière (0,5 point/an)
- Les investissements data centers passeraient de 1,4 % du PIB américain en 2025 à 3,1 % en 2027
- Les 10 plus grandes valeurs pèsent plus de 40 % du S&P 500, une concentration inédite
- L'investissement mondial dans l'IA a atteint 202,3 milliards de dollars en 2025, soit 50 % du capital-risque mondial
- Une moins-value ne se constate fiscalement qu'au rachat, jamais sur la seule baisse de valeur des parts
- L'arbitrage interne en assurance-vie ne déclenche aucune imposition immédiate
Sources
3 sources · 6 faits vérifiés

