Paradise Papers et Bernard Arnault : la stratégie de l’amalgame

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Le journal Le Monde a publié une série d’articles consacrés à Bernard Arnault, suite à la sortie des Paradise Papers. Ces articles s’inscrivent dans une confusion habituelle entre fraude fiscale et optimisation, mais témoignent surtout d’une attitude poujadisante constante envers « les riches » et leur train de vie. Dans ce contexte, les journalistes ne cherchent même plus à enquêter sur des affaires de corruption ou de fraude, et se contentent de critiquer le train de vie des plus fortunés, tout en reconnaissant qu’il n’y a rien d’illégal. Une approche qualifiable de « fake news », pour générer du clic sur des titres où l’amalgame le dispute à l’imprécision.

Le cas d’Edinson Cavani

Medipart avait ouvert la voie en attaquant Edinson Cavani, l’attaquant star du PSG. Le journal avait eu accès aux Malta Files, qui montraient que les droits d’image du joueur uruguayen étaient gérés par une société installée à Malte. Ni une, ni deux (et surtout sans enquête complémentaire pour contextualiser ce « leak »), Mediapart parlait d’« évasion fiscale ». Des dizaines d’articles ont repris l’information, en titrant sur une affaire de « fraude fiscale », forcément.

Mais patatras ! Les avocats de Cavani démontraient dès le lendemain que cette société avait bien été déclarée en France, et que les impôts français avaient bien été payés. Comme le confirme Le Monde : « il est avéré qu’Edinson Cavani a bel et bien payé ses impôts concernant les sommes perçues dans le cadre de ses droits à l’image. Plutôt deux fois qu’une, d’ailleurs. D’abord à Malte, puis en France. L’Etat français n’a donc pas perdu d’argent dans l’affaire. » Mais les journalistes de Mediapart ont été prudents, et ont truffé leur article de points d’interrogations et de conditionnels. Résultat, ils échapperont probablement à toute condamnation malgré la plainte de Cavani. Pour les amateurs de foot, en revanche, il restera l’idée que Cavani ne paie pas ses impôts en France comme il le devrait… Littéralement : une « fake news ».

Bernard Arnault, tout sur cet homme d’affaire

Pour Bernard Arnault, le schéma est le même : on lance de pseudo- révélations sur la base de fichiers volés, sans les analyser sérieusement, et on lance l’idée d’une « évasion fiscale ». Et la foule se déchaine sur les médias sociaux, avec un bouc émissaire tout trouvé : si les infirmières sont si mal payées en France, que nos routes sont défoncées et que notre Ecole va si mal, c’est la faute de Bernard Arnault, pardi ! Et pas des niches fiscales des journalistes, ni des millions de subventions à la presse…

Qu’un groupe international comme l’est LVMH se trouve nécessairement imposé différemment sur différents coins du globe, cela ne semble pas intéresser nos journalistes-justiciers. Qu’une entreprise choisisse, entre deux régimes d’impositions possibles, celui qui est le plus favorable, non plus. D’ailleurs, on imagine que nombre de journalistes renoncent volontairement à leur niche fiscale au motif que, comme ils l’écrivent beaucoup sur les Paradise Papers, « même si c’est légal, ce n’est pas moral » (par rapport aux autres français dans le besoin qui n’en bénéficient pas, et par rapport à nos hôpitaux qui auraient plus besoin de cet argent que le rédac chef de Libération).

Surtout, faire ce procès à Bernard Arnault est particulièrement paradoxal. Car il s’agit d’un homme d’affaires qui aurait tout loisir de s’installer ailleurs qu’en France (le pays des Droits de l’homme, de l’ISF et des 75 % d’imposition), dans la mesure où il voyage si souvent qu’il remplit probablement déjà les conditions légales. De même, LVMH pourrait tout à fait légalement faire comme Google, et loger ses profits dans un autre pays, dans la mesure où ses boutiques et ses ventes se réalisent pour l’essentiel hors de France (le pays de Voltaire et de la taxe à 3% illégale rétablie en douce). LVMH qui, rappelons-le, paie environ 1 milliards d’euros d’impôts par an à l’Etat et pèse plusieurs dizaines de milliers d’emplois directs et indirects pour les français.

Bien sûr, il ne faut pas être angélique : si Bernard Arnault reste en France avec sa société, c’est qu’il y trouve un avantage. L’image de notre pays en matière de luxe est importante, et joue sûrement un rôle dans le succès des marques du groupe. Mais il n’empêche : Bernard Arnault est résident fiscal français, et son groupe aussi. Il paie à la France les impôts qu’il doit à la France, et les Paradise Papers ne démontrent pas le contraire.

Résumé

Alors, au-delà de la culture du ressentiment et de l’envie, comment expliquer cet acharnement ? Comment justifier cette absence de patriotisme économique de la part de la presse, quand leurs homologues américains jouent le jeu de leurs intérêts nationaux et préféreront toujours attaquer une marque étrangère (Crédit Agricole ou BNP) plutôt qu’américaine (Bank of America) ? L’explication tient à l’idéologie : tous les sondages montrent que les journalistes (et singulièrement les journalistes d’investigation) sont très proches de l’extrême gauche. Parmi leurs « réflexes » intellectuels, se trouve une conception de l’« objectivité » telle que définie par les épigones de Marx (Adorno notamment) : non pas une confrontation équilibrée des points de vue, mais une logique de dévoilement des soubassements cachés, toujours plus vrais que ce qui est patent et visible.

Ce que l’on subodore serait donc plus « vrai » que le réel patent. Si l’on ajoute à cela une vision du monde (fruste et datée, mais vivace) très « lutte des classes », on obtient un cocktail détonnant. Qui n’épargne pas les intérêts fondamentaux du pays. Et dont le débat public ne sort pas grandi.

 

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